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C'était hier !
Souvenir illustré d'un petit coin d'Artois

d'après Justus Lédée
Justus Lédée

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Introduction - Souvenirs de jeunesse - Verdrel Artois - Le chateau d'Olhain - Guislain Decrombecque - Les mineurs - Le temple de Verdrel - L'abreuvoir - Verdrel - 1912 - La cueillette des pois - Garde-vaches - Les sondages du bois de Verdrel - Hier Servin - Hersin grande rue - Hersin-Coupigny avant 14 - Haut cote Hersin - Le château de Gouy-en-Gohelle - Le château de Verdrel - Les meules - Ecole de Fresnicourt le Dolmen 1914 - Le réservoir du bois de Verdrel - La Tour de Verdrel - Le début de la guerre - Mont des Fontaines - Le Kanzel - Souchez : l'occupation - La Sucrerie d'Ablain - Dans la côte de Barlin - Fresnicourt 1916 - Catastrophe de la fosse 9 - Pendant la guerre de 1914 - Ecole Fresnicourt fin guerre 14 - Les anciens combattants - Ecole de Verdrel 1920 - Mariages à Verdrel 1928 - Mariage à Camblin-L'Abbé - Ecole de Verdrel et Fresnicourt 1933 - Souvenirs 1939 - 1939 - la - Guerre - Verdrel 1940 - C'était la guerre - Fait parti des archives - Les renards de Verdrel - L'équipe de foot de Verdrel en 1942 - La croix de grès - Verdrel 1942 - Le presbytère - En Artois - Le jeu de paume : accessoires

L'abreuvoir de Verdrel

Situé entre la forêt d'Olhain et le bois de Coupigny, deux parties boisées distantes de 1 km environ, le village de Verdrel était bien avant la guerre de 1940, un petit coin bien tranquille; il a d'ailleurs une particularité, il est le point le plus élevé des collines d'Artois (188 mètres côté Nord, à l'endroit où fut érigée une Tour d'observation, vers 1915 paraît-il). D'après une carte militaire datée de 1900, des levés cadastraux avaient été exécutés sur le terrain par l'Armée en 1825, 1826, 1832 et 1833. Elle fut publiée par le dépôt de la guerre en 1837 et remisée en 1898. Sur cette carte, à l'endroit de la Tour actuelle, on trouve l'inscription suivante "Observatoire septentrional de la nouvelle Méridienne".
D'une population de 300 âmes environ, le hameau était surtout peuplé bien avant 1900, d'ouvriers saisonniers occupés principalement aux carrières de grès et sables; plus tard, avec les Mines tout allait changer, les salaires plus attractifs, allaient attirer bon nombre d'entre eux. Il existait également de petits cultivateurs, se partageant avec le travail d'une culture assez réduite et le transport des matériaux des carrières (grès, sable). Bien sûr, avec le ralentissement dû à la mévente de ces matériaux, la plupart de ceux-ci s'embauchèrent aux Mines. Les gens ne roulaient pas sur l'or mais le pays était calme, on travaillait pour vivre, non pour s'enrichir.
Hélas la guerre de 1914 allait tout bouleverser, la jeunesse mobilisée, il faudra beaucoup de courage aux familles restantes sur place pour essayer de combler le manque de main-d’œuvre, ce fut très dur surtout au début. Le flot d'évacués arrivant de toutes parts, augmenté par les renforts de troupe dirigés vers ce front d'Artois, dont le point principal Lorette n'est qu'à 10 km environ.
La vie s'organisera tant bien que mal pendant ces années où les pleurs côtoieront le marché noir de certaines personnes sans scrupule. Au début des hostilités, l'entraide fut certaine mais avec le temps, certains commerçants et agriculteurs profitèrent de cette vente forcée de produits alimentaires pour réaliser de succulents bénéfices. Tous ces malheureux poilus, descendants des tranchées, devaient subir l'arrogance de ces gens qui allaient même, d'après les récits d'après-guerre, pratiquer de la surenchère pour une simple étable en guise de dortoir sommaire !...
Les hostilités se termineront en laissant de grands vides irréparables dans les familles. Cependant les occupations reprendront, bien sûr difficilement, mais le courage de nos anciens ne pouvait pas faillir, il fallait absolument repartir vers une vie nouvelle faite de labeurs et de privations, hélas !...
L'après-guerre ne fut pas exactement ce que la presse appelait "les années folles", loin s'en faut. Il fallait travailler dur à nouveau pour vivre normalement, les "Poilus" ayant eu la chance de revenir à peu près intacts, se remirent au travail en pensant à leurs camarades restés là-bas.
Mon père fut de ceux-là, mobilisé dès le début de la guerre, blessé deux fois, il revint dans ses foyers retrouver son épouse, ma mère qui avec ses trois enfants avait traversé la tourmente en travaillant ferme. En 1915, elle avait perdu son unique fille, décédée de la grippe espagnole. Hélas, le malheur ne s'arrête pas là, deux de ses frèresrestèrent sur le champ de bataille. Il aura fallu un moral à toutes épreuves de la part de mes parents pour repartir dans une vie incertaine, bourrée d'obstacles de toutes sortes, et, combien de couples se sont retrouvés dans ce cas !...
Quant à Verdrel, il allait se réorganiser et ses habitants, après tant de souffrance, se remettrons au travail, un peu désabusés dès le début mais la vie allait vite reprendre ses droits; il fallait bien vivre et la guerre finie, le travail ne manquait pas, au contraire, on demandait beaucoup de bras.
Hélas, c'était trop beau la paix, vingt ans après, la guerre de 1940 arrivait, on allait assister à un nouveau désastre sous une autre forme!...

Souvenir de jeunesse à Verdrel

Depuis bien longtemps, il existait, en haut de la côte de Fresnicourt-le-Dolmen, une carrière (sablière, grésière) où on pratiquait l'extraction de sable et de grès. Cette entreprise appartenait à l'époque, à la famille Bajeux habitant le village.
L'endroit de cette carrière était surtout connu sous le nom de Table des Fées ou Dolmen car effectivement, juste à l'entrée se trouvait une table, une vraie table formée d'énormes grès. L'édification de cet ouvrage, dans la nuit des temps, était certainement due à la proximité de ce matériau. D'ailleurs, on trouve une chaîne de sablières vers les villages de Estrée-Cauchy, Maisnil-Boucher, Camblain-L'Abbé; ensuite en direction de l'Est, on retrouve des Tables des Fées ou Dolmens aux environs de Oisy-le-Verger avec bien sûr, des sablières à proximité.
A cette époque les journaliers (tailleurs de grès), louaient leurs services aux propriétaires de ces entreprises. Le travail était payé aux pièces (un sou par grès = 5 centimes); bien avant la guerre de 1914, beaucoup de petits fermiers s'embauchaient pour gagner un peu d'argent. Il y avait surtout les saisonniers s'adaptant à tous les travaux de la campagne et, l'hiver, il fallait bien s'occuper pour manger. Les gens travaillaient dur, les emplois manuels étaient souvent pénibles et mal payés mais en contrepartie, quand l'occasion se présentait, on buvait sec et cela pouvait durer plusieurs jours.
Mais, à partir de 1925, après la guerre, ces carrières devinrent de plus en plus rares, les grès n'avaient plus la côte, les routes pavées revenaient trop chères; à partir de là, il n'y eut plus que quelques ouvriers spécialisés s'occupant surtout de l'extraction du sable et de sa vente.
Pour en revenir à Fresnicourt, c'est un village blotti au pied de la forêt d'Olhain se trouvant au Nord. A l'Ouest, on y trouve Olhain et au Nord, Verdrel. Ces deux villages sont des hameaux de Fresnicourt qui possède la Mairie, l'église et le cimetière.
Les garçons de ces villages allaient en classe à l'école de leur hameau respectif jusqu'à l'âge de neuf ans et ensuite ils étaient dirigés sur l'école de Fresnicourt jusqu'au certificat d'études. Pour les filles, elles continuaient en classe à l'école du hameau jusqu'en fin d'études.
Les distances séparant Verdrel de Fresnicourt, étaient de deux kilomètres, répétée quatre fois par jour, les jeunes garçons avaient huit kilomètres dans les jambes le soir; ceci était normal à l'époque car il n'y avait que très peu de vélo et encore moins d'automobile.
Bien souvent les enfants traversaient le bois de Baillon encore assez sauvage à ce moment là et le parcours était plus agréable surtout par mauvais temps. Je me rappelle les matins d'hiver, partant de l'école, la tête engoncée dans notre grand capuchon noir qui nous descendait jusqu'aux chevilles; nous étions chaussés de galoches montantes dont les semelles étaient en bois, nous marchions en silence, souvent en groupes de quatre ou cinq.
A l'orée du bois de Baïllon, il y avait un tilleul énorme, ce gros arbre centenaire marquait le croisement de trois directions, Verdrel, Estrée-Cauchy, Fresnicourt. Chaque jour nous passions et repassions en face, en avait-il connu des générations d'écoliers, s'il avait pu parler!...
Tout en marchant en direction de Fresnicourt, nous apercevions les hayons des tailleux (tailleurs) de grès de la carrière, sorte de paravents en paille de seigle, couverts de neige; en arrivant à la hauteur de la Table des Fées, le temps calme accompagnant souvent la neige, nous entendions le bruit des massette qui taillaient les grès.
A l'époque, juste en haut de la côte de Fresnicourt, il y avait un garage tenu par Augustin Tételin mais comme il n'y avait pas beaucoup de voitures, il entretenait les faucheuses, les batteuses des cultivateurs. En somme, il était occupé par tout ce qui était mécanique et il avait très bonne réputation. En même temps, sa femme Clémence s'occupait du café se trouvant à côté du garage, on ne peut pas dire que les clients se bousculaient, c'était plutôt des gens de passage et quelques habitués.
Bien sûr, dans les villages, la clientèle n'était pas énorme à la porte des cabarets. Les jours de fête, de ducasse, l'animation était plus forte; les boissons étaient le vin rouge, la bière en demi ou en quart, le café arrosé de genièvre, rhum ou cognac, l'apéritif n'était pas tellement à la mode, à part le vin blanc. Mais c'est à croire que les estaminets étaient rentables car avant la guerre 1940, il y en avait douze à Verdrel et trois à Fresnicourt où il n'y avait qu'une centaine d'habitants. Le dimanche après-midi et même dans la semaine, c'était sacré pour certains joueurs de carte, le (carabin), ils étaient attablés dans leur café favori et on ne peut pas dire que c'était triste.
Pour tous ces hommes d'un certain âge ayant fait la guerre de 1914, qui avaient souffert des années dans les tranchées, se retrouver entre anciens "Poilus" autour d'un bon verre de "pinard", c'était le vrai bonheur !
Dans la côte de Fresnicourt, se trouve le cimetière communal entouré d'une haie et là, depuis un siècle, les habitants des trois villages sont venus déposer les leurs. Avant, le cimetière se trouvait autour de l'église comme dans bien des villages, aujourd'hui, seuls subsistent les caveaux des Châteaux de Fresnicourt et d'Olhain; à proximité on trouve les tombes des institutrices alsaciennes ayant fait classe à l'école libre se trouvant juste en face.
Avant 1900, beaucoup de filles des trois villages y allaient à l'école, ma mère me disait souvent que l'on y faisait beaucoup de couture; les enseignantes alsaciennes avaient une chanson favorite "Vous n'aurez pas l'Alsace et la Lorraine"; il faut dire qu'elles étaient Sœur de l'église catholique, réfugiées à Fresnicourt. Cette école jouxtant le presbytère a encore fonctionné de 1940 à 1945 et ensuite a été revendue à un particulier. Par la suite, les villages se sont agrandis, beaucoup de jeunes se sont dispersés, beaucoup d'anciens ont disparu, de nouvelles familles sont arrivées, la page était tournée, il ne reste que les trois noms Fresnicourt - Verdrel - Olhain !

Lédée Justus - Souchez, né à Verdrel en 1923.

VERDREL - ARTOIS

En l'an 1280, Jean V d'Olhain fit bâtir une chapelle à Verdrel, en face du Temple protestant. Un siècle après, en 1411, on la retrouve en ruines. En 1740, Jean-Joseph DE BERGUES, Prince de Râches, refuse de la reconstruire. En 1751, un Chanoine d'Arras, nommé DAMIENS, la fit rebâtir et, en plus, il ajouta une école de filles et une maison pour le Chapelain.
L'ensemble fût détruit à la révolution.
On pourrait la situer actuellement, en face du Temple protestant, à 150 mètres de la place du village, côté Nord.

Recherches de Lédée Justus - Souchez.

Le Château d'Olhain

Le château d'Olhain

 

Après avoir subi de nombreuses épreuves à travers les époques, ce très beau château fort du XVème siècle, est toujours de toute beauté. Le premier pont-levis ayant été supprimé, l'entrée se fait sous un porche en plein cintre. Le dernier seigneur d'Olhain, Pierre Marie de Berghes fut tué à l'âge de vingt ans, au cours d'une charge, en 1870. Plus tard, en 1900, le château est mis en vente à Paris et sera racheté par une famille de propriétaires terriens, les deux frères Dartois. Ceux-ci, par la suite, ayant acheté le château de Carieul, à Souchez, firent un legs au profit de leurs héritiers M et Mme Dutois. Ceux-ci étant décédés le château est toujours la propriété de la famille.

Guislain Decrombecque

Guislain Decrombecque

Guislain Decrombecque était très connu dans la région. Né à Lens en 1797, très intelligent, au cours de sa vie, il fut surtout un précurseur concernant l'agriculture? A une certaine époque, il avait réussi à pratiquer un drainage intensif sur l'ensemble des terres marécageuses autour de Lens, lesquelles allaient se transformer en une plaine très fertile. Son immense ferme de Lens allait s'intensifier en quantité et en qualité. Il termina sa vie devenant un exemple pour l'agriculture.
Il fut maire de Lens de 1846 à 1864. Il posséda plusieurs fermes dont l'une à Hersin-Coupigny. A sa mort survenue en 1870, c'est son fils qui reprendra les exploitations.

 

Pour en savoir plus

 

Les mineurs, les Mines

Les mineurs avant 1914 à Servin

 

La photographie ci-contre représente une phase de ramassage par autobus d'ouvriers mineurs de Servin et environs. Petite anecdote : Les premiers mineurs de fond qui habitaient à proximité des fosses, avaient adopté pour leur travail dans les galeries, le port de la ceinture pour soutenir leur pantalon, ce qui était plus pratique dans le travail. Mais les mineurs qui arrivaient de la campagne, avaient toujours par habitude, porté des bretelles. Ce qui faisait dire par leurs compagnons, en patois "tiens v'la ché mineurs à bertelle qui arrivent".

Les Mines

Il y a plus d'un siècle, le Pas de Calais s'installa dans la production charbonnière accélérée et, déjà en 1878, il était devenu un des premiers bassins charbonniers français. Suite aux progrès techniques, on dut faire appel à une main-d’œuvre de plus en plus nombreuse. Vers 1900, il y eut beaucoup d’arrivages d’ouvriers étrangers, surtout de l’Est ( Polonais, Tchèques ). En plus, d’autres régions françaises manquant d’activité rémunératrices, apportèrent un bon nombre de travailleurs séduits par les salaires stables des charbonnages.
C’est à partir de 1852 que le bassin du Pas de Calais débuta (Nœux ). Après bien des péripéties, plusieurs Compagnies se formèrent et la production de charbon allait s’accroître d’une façon considérable. De ce fait, la prospection, en vue de rechercher ce précieux minerai, s’effectua dans tous le secteur jouxtant les collines d’Artois. Pour mémoire, de Vimy à la forêt d’Olhain, des techniciens s’affairaient aux forages sans discontinuer. Vers 1900, d’après les anciens, de nombreux sondages furent effectués sur le mont de Bouvigny par des spécialistes allemands qui logeaient à Verdrel. D’ailleurs, il existe encore le long du bois de Coupigny deux entrées de galeries verticales de 22 mètres de profondeur.
En Artois, beaucoup d'ouvriers qui étaient occupés dans les fermes et même de petits cultivateurs qui n'avaient pas beaucoup de revenus, furent attirés par le travail des Mines (le salaire journalier d'un mineur se situait en 1875, à 3,00 F et en 1895, il arrivait à 4,00 F). Par la suite, une retenue de 2% fut opérée pour la Caisse de Secours, plus 2% pour la Caisse de retraite.
Toujours est-il que la situation financière des Houillères du Pas de Calais, vers1900 était excellente. D‘après le très bel ouvrage de Yves Le Maner, sur l’histoire de notre région, la Société des Mines de Lens avait autant d’actionnaires que d’ouvriers.
Hélas, jusqu’en 1900, le travail du mineur était surtout physique, très pénible, il faudra encore attendre des années pour que de nouvelles techniques apparaissent. Le but des Directions de Bassin était d’accéder à une exceptionnelle prospérité, ce qui allait s’avérer justifié au fur et à mesure des progrès constants de l’extraction de la houille.
Située au Sud du pays minier, notre région était essentiellement composée, à part quelques gros propriétaires terriens, de petits cultivateurs qui n’avaient, bien souvent qu’un cheval. Ceux-ci s’occupaient de leur petite exploitation et, en plus, de divers transports dans la commune et localités environnantes ( grès, sable, bois et surtout charbon ). La population active était surtout composée de saisonniers qui devaient se déplacer beaucoup car le travail était plutôt rare et mal payé. Enfin, un petit artisanat tentait d’exister mais les revenus étaient restreints.
L’implantation des Mines allait faire le bonheur d’un bon nombre de ces gens qui allaient enfin trouver un travail stable et bien payé. Le métier était dur mais il fallait bien manger et élever sa famille dans les meilleures conditions.
A cette époque les ouvriers des villages travaillant aux Mines n’avaient pas les facilités actuelles pour se rendre à leur travail ou en revenir. Dans un rayon de 10 à 20 kilomètres, ces villageois devaient effectuer le trajet à pied pour gagner leur fosse réciproque où ils travaillaient.
Ceci était laborieux surtout pendant la mauvaise saison et, très important, les journées de travail étaient longues, on ne parlait pas à l’époque, des huit heures. Les longues coupes se renouvelaient souvent. En plus les redoublements étaient tout aussi fréquents pour les ouvriers de l’après-midi.
Il y avait aussi la fameuse semaine de Sainte-Barbe, au cours de laquelle les ouvriers du fond travaillaient de 10 à 12 heures à chaque poste. Le plus dur pour ces travailleurs qui habitaient au village, c’est qu’il fallait, après la remonte, faire 10 voir 15 kilomètres pour rentrer chez eux à pieds. Arrivés, ils devaient se laver car on ne connaissaient pas alors les lavabos dans les Mines. D’ailleurs, ils ne pouvaient guère dormir que quelques heures et devaient reprendre la route le lendemain.
En 1895, arriva le petit train Lens-Frévent qui allait faciliter la vie de ces villageois, que ce soit pour le poste du matin ou de l’après-midi. Ils n’avaient plus qu’un trajet à effectuer à pied qu’une seule fois par jour. Le progrès était appréciable.
Hélas, c’était trop beau pour continuer, un jour l’horaire du petit train fut changé et chaque ouvrier dut comme auparavant, refaire deux fois son parcours à pied.
C’est alors que certains pensèrent trouver une solution pour éviter toute cette fatigue. En 1900, on vit arriver " les charrettes à chiens ". Certains petits commerçants ambulants passaient à cette époque dans les villages avec un petit véhicule traîné par un ou deux chiens ( je me rappelle en avoir connus dans ma jeunesse à Verdrel ).
L’idée était lancée, ce fut, paraît-il, un ouvrier mineur d’Ablain-St-Nazaire qui donna l’exemple. Un beau jour, il se rendit à son travail à toute vitesse, monté dans sa petite charrette tirée par deux gros chiens. Il fut accueilli par les rires de ses camarades sur la route comme à l’arrivée mais il continua sans s’occuper des railleurs. Mais l’exemple était lancé et dans chaque localité, des dizaines de charrettes emmenèrent les ouvriers mineurs sur les lieux de leur travail.
Les chiens et les attelages étaient parqués dans des cours à proximité des fosses, bien souvent près d’un café. Ce fut la grande vogue des petites charrettes entre les fosses et les villages.
Mais bientôt l’administration s’occupa de ce moyen de transport et décréta certaines normes à respecter ( taille des chiens, poids ) également la forme des harnais, plus diverses obligations. Ce qui entraîna l’abandon de ces modestes voitures.
Après la guerre de 1914, les moyens de transport se multiplièrent, les camions, trains puis autobus remplacèrent avantageusement ces curieuses petites charrettes, toute une époque !…






Le temple de Verdrel

L'église réformée de Verdrel

 

Cette église réformée était très connue dans la région. Pendant des siècles, combien de familles de protestants ont-elles été attirées par ce lieu de culte !... De père en fils, on retrouvait toujours les mêmes noms, des mêmes villages environnants.

Verdrel : L'abreuvoir

La place de l'abreuvoir à Verdrel

 
En 1912, on remarque sur le cliché la place du village où se situe l'abreuvoir. Assis sur le muret, on trouve Joseph Brassart, le forgeron habitant tout près, au café du centre. A ses côtés, Auguste Rémy, tué à la guerre en 1917, ensuite Mathilde Guilbert, l'épouse du forgeron qui tient le café du centre. Auprès d'elle, Florent Daguin, le fils de la ferme derrière l'abreuvoir. Les rues de Verdrel, étaient à l'époque empierrées et on trouvait également certaines maisons en toit de chaume.

Les abreuvoirs
A Verdrel il en existait trois.. Il y en avait un à la sortie du village, en direction de Fresnicourt; un autre se trouvait au centre, en face de la ferme Daguin - Le troisième était situé devant la ferme Dorlencourt.

Les puits
A cette époque, ils avaient leur utilité, la facilité des robinets n'existait pas encore. On les trouvait dans la partie haute du village, l'un en face du café Clément, un autre, en retrait, derrière la ferme Henri Berthe. Dans le centre du village, un devant la ferme Bauchet, un devant la maison du tailleur, près de la place. Dans la propriété du notaire, M. Thellier, il en existait un à l'entrée.
En direction de Fresnicourt, le puits se trouvait face à la maison Beltrémieux.
Il se peut qu'il y ait eu d'autres sources d'alimentation en eau souterraine mais après tant d'années, la mémoire fait défaut.

Verdrel - 1912

La route de Servin à Verdrel

 

Verdrel - Route de Servin

A l'entrée du village, on trouvait le café du Centre, géré par les époux Brassart. Le mari, Joseph Brassart était forgeron, on le voit sur la photographie, sous le porche en compagnie d'un aide, Devant le café, Mathilde Brassart, son épouse. En bras de chemise et bretelles, Auguste Rémy qui fut tué à la guerre en 1917. En face, on remarque, les maisons anciennes couvertes de chaume.

La cueillette des petits pois à Verdrel

Hersin-Coupigny

 

Sur cette photographie, on apperçoit M. Fumery entouré de tout son personnel occupé à la récolte des petits pois à Verdrel, dans la parcelle appelée "l'capri", plus la pesée et le chargement sur un chariot. A cette période tout était effectué à la main d'où le nombre important de femmes et d'hommes. Il faut dire que ces gens étaient embauchés par période et payés au minimum. Sa ferme se situait à Hersin-Coupigny.

 

On garde les vaches avant 1914 !

Garde vaches

 

A cette époque, il était courant de garder les vaches le long des chemins et dans les riezs.
Ce travail consistait à accompagner 5 à 6 vaches lentement en les faisant paître, cela durait la matinée et recommençait l'après-midi. Souvent, ce sont de jeunes garçons ou filles qui étaient chargés de cette besogne et, bien sûr on n'allait pas à l'école ce qui était courant en 1914. L'homme, sur la photo, avait un nom sobriquet (Castéquette).

 

Sondages à proximité du bois de Coupigny

Sondages miniers à Hersin Coupigny

 

Avant la guerre de 1914, Ces sondages au compte des mines, étaient effectués à partir du versant des pâtures Candelier, au Nord et à proximité du bois de Coupigny. Ceux du secteur "Capri" dont plusieurs existent encore, sont d'une profondeur de 22 mètres. Concernant les techniciens occupés à ce travail, ils étaient allemands et logeaient à Coupigny et Verdrel. Certains logeaient au café Arsène Dethilloy, mon grand-père, près de l'école de Verdrel. A cette époque, d'après nos anciens, on travaillait dur mais on savait s'amuser et, en plus on buvait sec aussi. Les jours fériés, on dansait également dans ce petit estaminet, selon les dires, même les spécialistes allemands en étaient de fervents habitués !

C'était hier à Servins

Servin, la route de Verdrel

 

Avant 1914, à Servin la vie était toute différente. Les rues n'étaient pas goudronnées, pas de caniveaux et les communes n'avaient qu'un personnel restreint pour l'entretien des chemins. Dans chaque village, on y trouvait une ou deux mares dans lesquelles, principalement l'été, le bétail surtout les chevaux faisaient plusieurs passages en rentrant des champs, pour s'y désaltérer. Les tracteurs n'avaient pas encore envahi l'espace rural !...

 

Hersin-Coupigny Grande rue

Hersin-Coupigny, la Grande Rue

 

Avant 1914, les voitures ne bloquaient pas les rues. Certaines de celles-ci étaient pavées mais hélas, la grande majorité étant empierrée, n'offrait pas une circulation bien douce pour les piétons. Dans cette rue principale arrivant de Coupigny, on remarque sur la gauche, le café-siège des "batteux d'co", à l'époque, il y avait de nombreux coqueleux qui s'adonnaient aux combats de coqs. On voit également de nombreux magasins et il y avait du monde dans les rues, ce qui disparaîtra plus tard avec la télévision !...

Nous sommes sur la rue Jean Jaurès juste avant les feux tricolores en descendant de Coupigny.
Sur la gauche la, où l'on voit le store, se trouvait en 1961, tenu par M & Mme Degorgue"la maison du mineur". On y vendait des vêtements de travail. Par la suite cela devint un café puis, actuellement c'est un salon de coiffure.
A l'emplacement de la pédicure, il y a eu, à un moment donné, un magasin de produits de beauté puis de CD.
La grande maison avec beaucoup de fenêtre, était un Hôtel, puis c'est devenu le studio photo de Monsieur Delacourt puis celui de Monsieur Dubois.
La petite maison voisine, abandonnée, a été habitée par des particuliers.
Au premier plan, l'on trouvait le café-siège des coqueleux, pour devenir plus tard la quincaillerie Doyelle, puis habitée par un artisan couvreur.
Sur la droite, tout au bout, dans la maison haute se trouvait l'épicerie Familistère.
Ensuite c'était le café tenu par M & Mme Dubleumortier. Puis il y avait un magasin, ensuite la boucherie Puvion, cédée par la suite à Monsieur Cousin-Andrieu, qui y a ajouté une épicerie.
Enfin le salon de coiffure Misella (non visible sur la photo)

 

Hersin-Coupigny, avant 1914

Hersin-Coupigny, la place du marché

 

La place d'Hersin-Coupigny telle qu'elle se présentait avant 1914. Pendant la guerre, la ville fut constamment occupée par les troupes françaises, le front se situant sur Lorette. Suite aux bombardements, seuls, les bâtiments de gauches étaient encore présents après la tourmente.

 

En haut de la côte d'Hersin-Coupigny

Hersin-Coupigny café haut de la côte vers Servin

Le café de la famille Opigez-Dionnet

Hersin-Coupigny, café de Pauline

L’histoire du café Pauline

On peut dire que toute la région d’après guerre connaissait cet estaminet situé en haut de la côte d’Hersin-Coupigny. Il n’était pas imposant par sa taille mais il avait son importance d’être très connu. Depuis la guerre de 1914, divers occupants s’étaient succédés, créant une halte à beaucoup de transporteurs hippomobiles. Il est vrai que les fosses de charbon 4 et 5 d’Hersin ayant repris leur activité, les demandes de ce combustible allaient s’amplifier par la suite. De nombreux tombereaux empruntaient cette route et immanquablement, une pose s’imposait surtout au retour car la côte fatiguait les chevaux. D’ailleurs, des piquets en fer, reliés par une chaîne assuraient une sécurité aux attelages pendant que leur propriétaire allait se désaltérer à l’intérieur du café. Et, puis, il y avait les habitués de Coupigny, de Verdrel, de Servins qui se réunissaient en copains, bien souvent, autour d’un verre de vin, on reparlait de ses souvenirs de la grande guerre !…
En dernier lieu, la famille Opigez-Dionnet est arrivée. Tout de suite, Pauline, la propriétaire, femme énergique et commerçante jusqu’au bouts des doigts, allait faire de ce petit estaminet un rendez-vous de plus en plus connu par la population. On disait en patois à mon Pauline et celaallait durer jusqu’à la fin de la guerre 1940, même plus.

 

Le Château de Gouy-en-Gohelle

Gouy-en-Gohelle, le château avant 1914

 

Le château de Gouy-en-Gohelle avait encore servi d'hôpital militaire en 1915, ensuite dans la décennie suivante, il disparaîtra comme beaucoup de ses congénères de la région d'Artois.

 

Le Château de Verdrel

Le château de Verdrel

 

Le Château de Verdrel n'avait rien d'un palais, c'était plutôt une maison de maître mais sa présence dans un petit village de trois cent âmes, avant 1914 avait une certaine importance. En plus, il sera occupé bien longtemps par une étude de notaires, cela imposait un certain respect de la part de la population rurale.

 

C'était hier !

C'était hier à Ablain-St-Nazaire

 

1914 - Meules de paille à Ablain-St-Nazaire

Nos jeunes générations n'ont pas connu ces meules. C'était un moyen de conserver soit des bottes de blé ou d'avoine, lesquelles seront battues plus tard selon la possibilité de pouvoir rentrer en grange cette récolte. Inversement, on pouvait également, après battage, faire une meule de paille. Si les meules devaient rester un certain temps sous les intempéries, on pratiquait une couverture à l'aide de paille de seigle.

 

Ecole de Fresnicourt le Dolmen en 1914

Ecole de Fresnicourt en 1914

 

C'est en 1914 que cette photographie a été prise, Monsieur Demerville en était le Directeur. Pendant la guerre, il y avait beaucoup d'absence parmi les élèves, des pères mobilisés, il fallait aider la mère et certains gardaient les vaches, quatre ans de misère.

Le réservoir du bois de Verdrel

Point d'eau du bois de Verdrel

Fin 1941, avec les afflux de réfugiés et des nombreuses troupes arrivant en renfort sur le front d'Artois, des manques d'eau se font ressentir à Verdrel. Selon les anciens, dans le courant de 1915, les autorités, avec le concours de l'armée anglaise, décident de créer une réserve d'eau à l'intérieur du bois se trouvant derrière le village, à cent mètres de la route Verdrel-Barlin.

Les travaux (une grande cuvette entièrement bétonnée) furent menés avec diligence et en fin d'année, ce réservoir ayant la forme d'une piscine, était fonctionnel. D'une contenance de 1250 m3 environ, il était alimenté par des pompes installées à Fresnicourt-le-Dolmen. Actuellement, il ne reste que des vestiges de béton.

 

La Tour de Verdrel

La tour d'observation de Verdrel érigée en 1915

 

Verdrel : Les vestiges de la tour "Eiffel", connue dans toute la région.
On a souvent dit que la Tour de Verdrel datait de 1900, mais à ma connaissance, aucun papier de cette époque ne le prouve. Certains écrits stipulent qu'elle aurait été érigé au début de l'année 1915, ce qui est fort probable car ce point est le plus élevé des collines d'Artois (188m). Poste d'observation de tout premier ordre, ce qui était très important pour le front artésien. Haute de 40 mètres environ, construite en bois à l'origine, elle avait été rebâtie en briques (mur de 70 cm à la base), vers mes années 1920.
Par contre, on retrouve un acte d'achat du terrain daté du 10 octobre 1923 par le Ministère de la Guerre. Cette parcelle de 90 m² fut cédée par Monsieur Henri Berthe, cultivateur à Verdrel. Et, dans l'acte de vente, il est bien spécifié que la destination est nécessaire pour l'emplacement d'un signal géodésique.
J'ai en ma possession une carte militaire datée de 1900-1904, établie par des Officiers d'Etat-Major, selon des levés cadastraux exécutés par l'Armée, sur le terrain en 1825, 1826, 1832, 1833. Publiée par le Dépôt de la Guerre en 1837 et remisée en 1989.
Sur cette carte, à l’endroit de la Tour de Verdrel, on trouve l'inscription suivante "Observatoire septentrional de la Nouvelle Méridienne".
Avant la guerre de 1940, il est certain que plusieurs fois dans l'année, des manœuvre militaires avaient lieu dans le secteur de la Tour.
Pendant l'occupation, à partir de 1941, comme ce point est le plus élevé des collines d'Artois, l'Armée allemande, consciente des avantages que pouvait procurer cette Tour, se mit en devoir de la déshabiller complètement. Seule restait la Tour en briques qui fut sensiblement rehaussée et, à partir de là, tout l'encadrement et l'escalier furent reconstruits, uniquement avec des rondins de sapin. Elle était de toute beauté. Un poste d'observation fut installé au sommet où des militaires allemands se relayaient journellement. Ceux-ci logeaient chez l'habitant dans le village de Verdrel.
Avant la libération, dans le courant du mois de juin, vers 6h30 du matin, la Tour fut dynamité par un groupe de cyclistes; ce même jour à 14h, elle vacilla sur elle même et dans un bruit énorme, s'écrasa, laissant un sur grand diamètre, les vestiges de sa belle carcasse. Seule, une partie de la colonne restera debout. Ce regrettable dénouement sera dommageable pour le village car par la suite, sa haute silhouette aurait attiré de nombreux visiteurs.
A ma connaissance, aucune photographie n'ayant été prise, je me suis rapproché des Archives départementales de Dainville, de Béthune et autres mais je n'ai pu avoir aucun renseignement.
Plus tard, je me suis adressé également aux Archives allemandes pour une photographie éventuelle (Fribourg - Stuttgart - Coblence). Une possibilité m'était offerte sur invitation, je pouvais aller consulter sur place des milliers de clichés entreposés, mais là, il fallait disposer de nombreuses journées ! ... peut-être sans résultat.

 

Début de la guerre 1914/1918

Le samedi 1er août 1914, à 5 heures de l'après-midi, la mobilisation est décrétée. Toutes les cloches de villes et villages de France sonnent le tocsin. C'est la guerre.
Dimanche 2 août, premier jour de mobilisation. Le lendemain 3 août, dès 6 heures du matin, les grandes gares sont fermées au public, gardées militairement. Dès ce jour, de nombreux mobilisés rejoignent leurs unités, bien souvent accompagnés jusqu'à la gare par leur famille consternée.
Après l'invasion surprise de la Belgique du 3 août par les troupes allemandes, un premier exode va avoir lieu, de milliers de civils belges se dirigent vers la France, c'est la panique. Sur le terrain, nos troupes s'accrochent désespérément mais devant les renforts ennemis arrivant en masse, elles doivent se replier.
De durs affrontements vont continuer, nous subissons de lourdes pertes. La victoire de la Marne allait freiner l'ardeur des allemands. Hélas, sur un volte-face, ceux-ci prenaient la direction de l'Artois où au cours de ce mois d'octobre, on allait assister à la première bataille. Elle sera sanglante. Nos troupes, avec un courage admirable, vont résister énergiquement mais sous la poussée ennemie de plus en plus agressive, elles doivent se replier direction des monts de Vimy et de Lorette.
Les mairies avaient lancé l'ordre d'évacuation pour les villages d'Artois concernés par l'avance inexorable des troupes allemandes. La ville de Lens est occupée le 4 octobre 1914, c'est l'affolement parmi la population. Certains partaient à pied, en voitures, tous les moyens de locomotion étaient valables. Le petit train allait une nouvelle fois prouver son utilité, de nombreux habitants de Souchez et d'Ablain allaient l'emprunter pour les directions d'Aubigny, Savy, Frévent. D'ailleurs, la croix rouge avait installé en urgence des centres d'hébergement dans plusieurs gares pour organiser les destinations différentes à prévoir pour les familles. Le centre de la France devait recevoir bon nombre de ces pauvres gens. Bien d'autres réfugiés allaient se retrouver dans la région des mines et dans beaucoup de villages en direction de Saint-Pol. Hélas, c'était parti pour quatre ans !...
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Ablain-St-Nazaire 1914 - 1915

Les durs combats sur le Mont des fontaines
Le grand éperon

Au Nord du village d'Ablain, sur la colline située a proximité de la lisière Est du bois de Bouvigny, se trouve le Grand Eperon dont l'accès est très escarpé. Accolé a la vallée de Chaufour, cette hauteur fait partie de la colline de Lorette et a pour nom véritable le Mont des Fontaines. Avec l'arrivée de la guerre de 1914,toutes les avancées des monts de la crête Sud, furent désignées sous le nom d'éperon de façon a les situer sur les cartes militaires. Certains observateurs les avaient même surnommées " les côtes de melon ". Plus au sud, a la lisière du bois de Mont, extrémité d'Ablain, se trouve l'éperon Mathis séparé du Grand Eperon par la vallée de Chaufour; a l'Est, après la vallée Delsence, l'éperon des Arabes, l'Eperon de Souchez ou T, lequel jouera un grand rôle en mai /juin 1915.
Des le début de la guerre des tranchées, la Xème Armée veut a tout prix enlever le premier contrefort du mont Goudinon situé a la pointe du versant, côté Sud, il s'agit de l'éperon Mathis. De cette hauteur, l'ennemi supervise toutes les positions françaises établies a la lisière du village d'Ablain, en direction de Gouy; les allemands nous dominent de telle sorte que tout mouvement devient impossible dans nos tranchées pendant la journée. Du 16 décembre 1914 au début janvier 1915, le 21eme corps, sous le commandement du général Maistre, décide d'attaquer ce secteur fortifié; les accrochages sont nombreux, nos forces s'animent dans un seul but, il faut absolument déloger l'ennemi de ce haut lieu. Sous un feu intense de notre artillerie, après plusieurs jours de combats serrés, les allemands décident de décrocher et abandonnent ce haut point d'observation. Par contre, a l'endroit du grand éperon, l'ennemi y est bien mieux implanté, sa position principale est située sur le versant supérieur, en forme de demi-cercle. Sa largeur de front occupé est de 300 mètres.

L'Eperon de Lorette

Cette défense s'appelle la " Kanzel-Stellung ", en français, la chaire;  sur la droite de sa position, elle est reliée avec l'arrière par un boyau d'une longueur de 600 mètres, descendant vers le secteur du château d'Ablain; celui-ci alimente plusieurs tranchées étagées en contreforts de la pente Sud de l'éperon. On peut aussi, a partir de la, rejoindre les communications en direction de Carency, a la limite du moulin Topart.
Au pied du versant de l'Eperon on trouve le chemin de Croix, longeant la base du versant Sud jusqu'a la Blanche-voie ou les Allemands avaient aménagé un ensemble de fortins en terrés et bétonnés; ceux-ci d'ailleurs, allaient nous créer d'énormes difficultés par la suite car leurs mitrailleuses supervisaient une grande partie d'Ablain. De surcroît, les habitations présentes a la base des Eperons avaient toutes été transformées en fortins, lesquels allaient conforter encore plus la défense ennemie. Pendant ces derniers mois de l'année 1915, l'artillerie française et l'artillerie allemande, vont rivaliser d'ardeur pour détruire chacune, les premières positions adverses. Côté allemand, tous ces ouvrages faisant partie du grand Eperon, sont occupés par deux compagnies du 110eme grenadiers, renforcées d'éléments du 109eme badois et 2eme chasseurs bavarois.
Selon les dires d'un ancien du village, a la base du versant, a proximité du chemin ceinturant le village, l'ennemi avait aménagé dans la structure d'un gros chêne, une plate-forme sur laquelle était installée une mitrailleuse lourde; de cet observatoire improvisé et très bien placé, celle-ci allait constamment balayer les positions françaises établies en direction de Gouy. Toutes ces tranchées ceinturant le côté sud d'Ablain, étaient occupées par les unités françaises de la 70eme division du général Fayolle.
La vie dans ce secteur de l'Eperon est terrible, le sol est tellement humide, collant, que les uniformes y perdent toute leur élasticité. Les fusils se transforment en véritables massues de glaise. Chaque nuit, des combattants allemands descendent de la Kanzel ds dizaines de fusils afin de les débarrasser de leur enveloppe de terre collante, dans le ruisseau d'Ablain. Ceci a l'aide d'un balai de bouleau, et ensuite, ils sont nettoyés l'un après l'autre et ramenés vers les tranchées dans la soirée. Côté français, la situation est représentée par les mêmes effets, la gadoue adhésive devient, pour nos combattants, une préoccupation permanente.
Vers le 11 mars 1915, le général de Maud'huy veut a tout prix enlever cet observatoire exceptionnel de l'ennemi; le 158eme régiment d'infanterie ( colonel Mignot ), de la 43eme division est désigné pour cette mission. Des ce jour, notre artillerie va procéder a des bombardements intensifs et continus sur la " Kanzel ". La situation des défenseurs allemands va devenir intenable, leurs tranchées, fortement endommagées, seront le siège de pertes importantes.

Premiere attaque française du 15 mars 1915 sur la " Kanzel "

Le 15 mars 1915, a 10 heures du matin, les Français ouvrent un très fort feu d'artillerie allant s'accentuer jusqu'a 13h45; côté allemand, les positions sont bouleversées, pulvérisées une quinzaine d'hommes sont ensevelis dans une tranchée. L'artillerie ennemie réagit difficilement, ses tirs sont surtout dirigés vers l'éperon Mathis ou bon nombre de nos batteries viennent d'être implantées. Les Français continuent leur bombardement avec des pièces lourdes et a partir de 14 heures, d'autres canons enchaînent par des tirs ininterrompus; jamais un pilonnage n'a été aussi dévastateur.

Officiers du 158<sup>ème</sup> RI à Lorette

Groupe d’officiers du 158ème R.I – Plusieurs d’entre eux disparurent au cours de cette journée du 15 mars 1915. Au centre le commandant Dupont, lui aussi tué ce même jour.

C'est un feu d'enfer, la " Kanzel " n'a jamais subi un bombardement d'une telle violence. Les tranchées allemandes sont nivelées et deviennent presque invisibles.
Des que nos batteries allongent leurs tirs, il est 14h20; sous la riposte extrêmement violente des mitrailleuses ennemies, le unités du 158eme R.I, dissimulées par la fumée des éclatements d'obus, glissant dans la boue, donnent l'assaut et enlèvent de haute lutte toutes les positions allemandes de ce secteur. L'attaque continue pour une partie de fantassins français; ceux-ci poursuivent leur avancée jusqu'aux dernières positions, en lisière d'Ablain ou ils prennent pied mais devant la résistance des réserves allemandes, ils décrochent. Dans la nuit du 15 au 16, une contre-attaque de l'ennemi se déclenche dans l'obscurité complète, un dur corps a corps a lieu; après deux heures de lutte, l'ennemi se rend compte de l'impossibilité de reprendre ses positions perdues. Au cours de cette journée, les allemands avaient perdu environ 220 hommes, tués et blessés; de notre côté, nous avions fait 110 prisonniers mais nos pertes sont également sévères, 40 tués, 85 blessés, 50 disparus, le commandant Dupont et plusieurs de ses officiers laissent leur vie au cours de cette offensive.
L'ennemi s'acharne et a repris un bombardement de plus en plus serré, renforcé par un tir continu de mitrailleuses; nos troupes, avec courage, essaient du mieux possible d'évacuer les blessés et de consolider leurs tranchées, celles-ci se trouvant dans un piteux état.
Le 16, a 2 heures du matin, précédée par un puissant tir d'artillerie, une contre-attaque ennemie a l'effectif d'un bataillon se déclenche sur la gauche, les Allemands montent d'Ablain-St-Nazaire, sortent du brouillard en colonnes par quatre, Par trois fois, leurs assauts en vue de prendre pied dans nos nouvelles tranchées sont contrecarrés par les tirs de nos mitrailleuses.
L'ennemi ne peut pas admettre l'abandon de la Kanzel et pendant plusieurs jours, le 3eme bataillon allemand de l'I.R110 et la 12eme Cie de l'I.R109 vont réagir. Opérant a partir de la vallée du château et du boyau couvert, ils tentent a plusieurs reprises de récupérer leurs positions. En pleine nuit, d'atroces corps a corps ont lieu. Ceci sans résultat car nos troupes se défendent avec acharnement. Il faudra attendre quelques jours plus tard, le 20 mars; après un bombardement copieux de l'artillerie ennemie, le premier bataillon de l'I.R109 lance plusieurs assauts et reprend la totalité des premières lignes du Kanzel. Ce raid audacieux a laissé de nombreux morts parmi les troupes badoises.
Les jours suivants, des duels d'artillerie très animés ont lieu, causant de sérieuses pertes des deux côtés. Des attaques et contre-attaques se succèdent sur ce versant tragique, sans résultat jusqu'a la fin mars. La vie est devenue effroyable, la boue, l'eau, sapent le moral de tous ces combattants exténués.

Attaque définitive des français le 15 avril 1915

Côté français, cette situation préoccupante du grand Eperon s’éternise. Le 14 avril 1915, le général de Cadoudal, commandant la 13ème division d’infanterie, décide une opération de grande envergure. Le 109ème régiment d’infanterie, de la 13ème division, exécutera cette attaque ayant pour but d’enlever tous les ouvrages de ce secteur, occupés par les Allemands.
Le 15 avril, vers 4h30, le 1er bataillon du 109ème R.I relève le 2ème bataillon en position dans les tranchées du Grand Eperon.
Depuis quelques jours, les Allemands percevaient des bruits sous terre juste en face des tranchées de la " Kanzel ". En effet, les Français creusaient une galerie souterraine en direction des positions ennemies distantes de cinquante mètres environ.
Les Allemands, immédiatement, décidèrent de creuser une contre-galerie, le fonçage débuta dans la nuit du 13 au 14 avril, en partant de la tranchée Ouest de la Kanzel, à côté d’un trou ou l’on avait commencé un abri pour officiers. Le 14, vers 17 heures, notre artillerie effectue un bombardement sans pareil sur toutes les positions ennemies du grand Eperon. Le 15, à 6h30, la mine française dans un fracas énorme, vient de sauter. Les deux compagnies allemandes se trouvant dans ces premières lignes subissent de très grosses pertes. L’attaque française, contrairement aux habitudes, n’a pas lieu. Immédiatement les Allemands en profitent pour demander du renfort afin de dégager leurs hommes restés sous terre.
Un brouillard intense couvre le terrain. Vers 9h30, à la suite d’une éclaircie, l’artillerie française à l’aide de pièce lourdes, pilonne avec une extrême violence, toute le zone de la Kanzel ; peu de temps après boyaux et tranchées étaient à nouveau quasiment pulvérisés. Vers 13 heures, les troupes françaises attaquaient en force, le premier bataillon du 109ème R.I, sous les ordres du capitaine Joly, d’un seul élan, se lance à l’assaut de ce terrible bastion ; la résistance de l’ennemi s’amenuise, les fantassins allemands sont exténués mais s’accrochent désespérément, après plusieurs assauts, la position est reprise définitivement. Les tranchées et boyaux descendant vers Ablain seront occupés par nos troupes le même jour. Pour ce secteur du grand Eperon, les combats sont enfin terminés, nous avons fait de nombreux prisonniers mais nos pertes égalisent celles de l’ennemi, elles sont lourdes.
Cet enfer aura laissé un triste souvenir, beaucoup de combattants y ont laissé leur vie et certains sont restés enfuis vivants à jamais dans cette terre glaise sans avoir pu être secourus.
Toute l’après-midi de ce 15 avril, les batteries allemandes en position aux environs de Souchez, ne désarment pas et concentrent un tir nourri sur le secteur du Grand éperon mais aucune action d’infanterie ne sera tentée. Les jours suivants, plusieurs incursions ennemies seront exécutées courageusement sur nos nouvelles positions mais devant leurs fortes pertes, elles resteront inopérantes. Le haut commandement allemand a très bien compris que la position du Grand éperon est définitivement perdue.

Souvenir de la " Kanzel ", par un lieutenant allemand.

Je marchais le 14 avril 1915, avec ma 4ème compagnie, vers Ablain, puis nous suivions les boyaux conduisant à la Kanzel. Là, je partageais le commandement de la position avec le sous lieutenant Joh. Sur ce sujet, j’avais établi un rapport à l’intention de la division, pendant les deux jours de repos précédents. Le but était de démontrer que la Kanzel ne pouvait être tenue. C’était peut-être une position d’une certaine valeur tactique, mais du point de vue technique et humain, c’était une avancée virtuellement perdue. Joh commandait la 1ère compagnie. Il devait occuper la partie Ouest de la Kanzel, moi, les parties Ouest et Sud. C’était exactement l’homme qu’il fallait sur la Kanzel où l’ennemi se trouva à seulement cinquante mètres de distance de nous.
La situation y était comme d’habitude: une nuit noire, des tranchées à moitié détruites. Leurs parois étaient faites de sacs de sable superposés que les " minens " lançaient en l’air. Puis ils furent ramassés à nouveau, remis en place et à nouveau lancés en l’air et déchirés. Cela aurait pu être un jeu de patience amusant si l’ennemi n’était pas si proche. Il tirait la nuit des salves entières car il voulait cacher ainsi le bruit fait par ses travaux miniers. Ces tiraillements constituaient le phénomène le plus impressionnant de cette nuit. Nos tranchées étaient pleine à craquer. Oui il y avait beaucoup trop d’hommes dans la Kanzel : en cas d’attaque elle serait prise si elle était défendue par un groupe ou un bataillon entier. Toute attaque française ou allemande devait réussir contre un objectif distant seulement de 50 mètres et démuni d’obstacles, même sans préparation d’artillerie. Il suffisait que les attaquants aient suffisamment de volonté pour vaincre. Les réels problèmes devaient surgir après l’assaut.
J’étais donc convaincu que l’attaque proposée par le Lieutenant-Colonel Blücher pour le matin du 15 avril, après l’explosion de la mine, devait réussir. J’avais déjà discuté en toute tranquillité avec Joh et les chefs de section, et nous avions pris toutes les mesures nécessaires. Je voulais ensuite abandonner les tranchées prises afin d’éviter tirs d’artillerie et contre-attaques…
Pendant le matin qui allait devenir désastreux pour nous, il n’y eut d’abord guère de visibilité. Inutile d’essayer mes jumelles emportées pour la première fois dans la position. Je visitais la compagnie, puis j’allais voir Joh avant de retourner dans mon abri, trop petit pour mériter ce nom, mais trop grand pour être un tombeau. Je partageais cette galerie longue de cinq mètres, creusée sous la surface, dans la roche par un groupe. A côté de mon abri, se trouvait la contre-galerie que les prisonniers creusaient depuis deux jours.
Je m’allongeais car on pouvait à peine s’asseoir et soudainement, il y eut une déflagration incroyablement forte qui me jeta par terre. Ma pensée était : ils ont allumé leur charge ! maintenant, ils vont attaquer ! Tout le monde est dehors, la baïonnette au canon et les grenades à porté de mains.
Les deux compagnies étaient en place et attendaient fiévreusement. On ne faisait guère attention aux gémissements des hommes ensevelis car on regardaient vers l’ennemi. Une minute passait, encore une : c’était un silence de mort. Pas un seul coup de fusil, pas d’obus, pas de mine ! Seulement les appels des hommes sous les décombres. Plus tard, l’idée m’est venue qu’on aurait du attaquer, trop tard !…
Je donnais des ordres pour la défense de la position et pour le dégagement des ensevelis. Si je me souviens bien, on n’a pas pu sortir aucun homme des abris et de la contre-galerie. Nous n’avions pas le temps, et nos bêches étaient bien trop petites pour dégager les masses de terre accumulées. En attendant, je téléphonais au Lieutenant-Colonet von Blücher pour discuter avec lui des évènements qui venaient de se produire.
Vers 11 heures, le brouillard, après la détonation, était arrivé avec une forte densité, puis il se leva. L’artillerie ennemie commençait finalement ses tirs et travaillait systématiquement le boyau relian nos tranchées à la position principale. Puis, elle visait la Kanzel elle même, accompagnée maintenant de tirs minen. J’ordonnais qu’à l’exception de deux hommes, les groupes devaient rejoindre leurs abris. On ne pouvait plus penser à dégager les ensevelis, ni de réparer la position. Le tir passa à un feu roulant. Moi-même attendais la suite dans mon abri, ensemble avec un feldwebel et quelques hommes. Vers treize heures, la longue " conduite aux taupes ", débouchant dans la tranchée, s’effondra partiellement. Seulement, sa partie la plus profonde résistait encore aux obus.
Dehors, pensais-je. Il devait y avoir une autre sortie, quelque part, on aperçut une autre lumière. A l’instant où nous tentions d’échapper à l’effondrement de l’abri, celui-ci recommençait à s’effondrer. Quatre hommes étaient accroupis dans l’obscurité. On ne pouvait plus sortir ; sur nos têtes, le bois de galerie céda sous les détonations des obus. A l’aide de notre matériel de terrassement et des fusils, nous tentions d’empêcher un éboulement total.
Soudainement à la dernière seconde, le tir cessa d’un seul coup. Puis, on entendit beaucoup de bruit dehors. Bientôt, on sentit un fort courant d’air, puis on aperçut la lumière du jour. Quelqu’un cria : "Les Français sont là ", en même temps, on tirait à l’intérieur de notre abri. Un homme a dû être blessé à la jambe, j’entendais son cri de douleur. Nous étions prisonniers. Je fus tiré du trou et ramené en arrière. Au dernier moment, j’enfonçais mon revolver dans la terre et j’écrasais un message écris sous mes pieds.
Lorsque je fus ramené vers l’arrière, j’apercevais de nombreux morts et plus loin de nombreux blessés français. Dans le bois de Bouvigny, je voyais que les soldats français étaient plus jeunes, d’un meilleur âge pour faire la guerre, qu’ils disposaient d’un équipement remarquable, mais aussi, qu’ils étaient passablement éméchés. Il y avait un blockhaus abritant apparemment un E.M de brigade (maison forestière du bois de Bouvigny). Les officiers nous contemplaient avec curiosité devant l’entrée, j’y retrouvais les restes de la 1ère et 4ème compagnies, environ 60 hommes.

La vie sur le champ de bataille de Lorette

Ce secteur récupéré, sur le plateau de Lorette, les combats continuent, sporadiques, l’adversaire essaie par des assauts spontanés de reprendre du terrain. Les bombardements incessants et les tirs de mitrailleuses, des deux côtés, rendent tout mouvement de troupes très périlleux.
Certains jours, sur la colline, l’activité a surtout été marquée par des explosions de mines et de nombreuses luttes sanglantes ; les positions rapprochées s’y prêtaient et les adversaires, par de nombreux coups de main, réussirent parfois à s’accaparer de plusieurs tranchées mais à quel prix!.
Devant les ruines de la Chapelle, sous les nombreux bombardements, accablées par une pluie incessante et un brouillard froid, les unités de la 13ème division, en cette fin de mois d’avril, essaient de consolider et d’organiser du mieux possible leurs positions en prévision de la grande offensive de mai.
Le plateau de Lorette aura réuni bien des souffrances !..

Monument du 158ème RI

Monument du 158ème Régiment d’infanterie
Ce monument a été érigé à proximité de la tranchée des Saules, en l’honneur du 158ème R.I, surnommé le Régiment de Lorette.

Général Maistre

Général Maistre
Le général Maistre eut la lourde tâche de commander le 21ème Corps d’Armée sur le secteur Nord comprenant la colline de Lorette.

Souchez
L'occupation allemande en 1915

Ce texte original fut écrit par M. Fleury Cresson après la guerre 1914/1918 mais comme il était difficilement lisible, je me suis permis de le réécrire pour la postérité.

Souchez ! nom tant de fois cité dans les communiqués d’octobre 1914 à avril 1917 !
Souchez ! nom glorieux entre tous pour nos Poilus et les Tommies dans les fastes de la grande guerre !

Souchez était avant la guerre actuelle un beau et grand village en pleine postérité qui s’embellissait chaque année, habité par une population aussi affable, aussi intelligente que laborieuse. Hélas ! on n’y voit plus que des amas de décombres et des ruines calcinées. Les combattants du Nord nous disent que les roses fleurissent dans les jardins dévastés et à demi ensevelis sous les ruines ? C’est à croire que le sang même des hommes fertilise le sol où ils tombent. C’est aussi pour nous un symbole, celui de l’espérance. Bientôt Souchez renaîtra et avec lui, tous les beaux villages de notre cher Artois.
Grâce à la complaisance d’une rapatriée, jeune et honorable veuve de guerre, nous avons pu nous procurer des renseignements sur l’invasion allemande et le séjour des boches à Souchez.
Pendant les mois d’août et septembre 1914, la commune fut tranquille, on vit seulement passer quelques uhlans qui passèrent leur chemin.
Le 4 octobre 1914, on entendait une violente canonnade du côté de Lens et de Liévin. Un ordre arriva la Mairie, ordonnant aux hommes de 18 à 48 ans de quitter la commune, comme cela eut lieu partout dans les environs. M. Philippe-Joseph Cayet, Maire, dut partir et se rendit à Houdain, où il est toujours, rendant service à ses administrés. En même temps que lui, partirent MM. Modeste Marcon, adjoint, Dumont, Capet, Galvaire, Lecomte, Cresson, Duffroy, Ernest Marcon, conseillers municipaux.
M. l’instituteur Brassart, secrétaire de Mairie, étant mobilisé, l’Abbé Bois se chargea de l’administration de la commune.
Des dragons français cantonnaient à Souchez et rassuraient les habitants. Mais l’ennemi avançait avec des forces considérables. Bientôt, on se battit sur le mont de Givenchy. Les nôtres durent battre en retraite devant un ennemi bien supérieur en nombre et le matin du 5 octobre 1914, les Allemands arrivèrent en masse, venant les uns par la route de Béthune, d’autres plus nombreux, d’Angres et Givenchy. Il n’y eut pas de combat dans le village, les Français s’étant retirés. Il convient de dire que les Allemands n’ont pas été féroces à Souchez comme dans bien d’autres localités. Ils n’ont pas incendié les maisons, ils se sont contentés de les piller, particulièrement les châteaux. Les papiers restés à la Mairie ont été brûlés. Les Allemands étaient ivres, pourtant, ils n’ont pas fait de mal aux habitants. Un vieillard qui avait crié : " Vive la France et l’Angleterre ! A bas l’Allemagne ! ", fut fusillé. De même, M. l’Abbé Bois qui défendait avec fermeté les droits de ses paroissiens et administrés, fut aussi arrêté et faillit être mis à mort.
Les Allemands ne purent avancer au-delà de Souchez, maintenus par nos troupes. Aussi, ils se fortifièrent dans le pays et creusèrent des tranchées vers Carency et Berthonval. La proximité des lignes françaises valut au village d’être continuellement bombardé. On eut à déplorer bien des victimes dans la population civile et celle de l’Hospice qui comptait plus de 300 pensionnaires. Citons entre autres Melle Marthe Crétel et Melle Flore Flandrin, fille de M. Flandrin, conseiller municipal. Beaucoup d’autres personnes moururent à la suite d’émotions ou de maladies aggravées par la situation douloureuse où l’on se trouvait. M. Thumerelle fut de ce nombre.
Les premiers jours de l’invasion, les habitants eurent bien de la peine à vivre et durent, comme ailleurs, moudre du blé à l’aide de moulins à café. Plus tard, la Kommandantur, établie au château de Cariel, fit battre les meules de blé et réquisitionna le grain. Elle laissa cependant du blé pour la nourriture des habitants. On peut le moudre et faire du pain. Les Allemands en firent également distribuer à l’Hospice ; moyennant finance, aux personnes qui ne cultivaient pas. En somme, le peu d’habitants qui restaient, n’eurent pas à souffrir du manque de pain ; mais la viande était rare, les Allemands avaient pris toutes les vaches, tous les porcs. Ce fut, pendant tout l’hiver, un véritable gaspillage, et les Allemands n’ont pas fait preuve d’économie, certes, ils ont enfui des vaches, perdu d’énormes quantité de blé et d’avoine.
Souchez n’a pas été imposé de contributions de guerre comme cela eut lieu à Angres, et Liévin, etc…
Les habitants ne pouvaient sortir du village et se rendre dans les localités voisines. Les chiens et les pigeons ont été tués par ordre des Allemands. Les terres ne purent être cultivées. Trois semaines après l’invasion, les habitants furent convoqués et, on procéda à un appel. Au bout de deux heures, les femmes furent renvoyées, les hommes restèrent quelques temps enfermés dans l’école libre des filles, puis on emmena ceux qui avaient moins de 60 ans.
En janvier 1915, Souchez était journellement bombardé, les autorités allemandes décidèrent d’évacuer la population civile qui ne comprenait plus que des femmes, des enfants et des vieillards. Les habitants quittèrent peu à peu le village et furent dirigés en arrière du front. L’Hospice fut seulement évacué la veille de la grande offensive française, en mai 1915.
Les rapatriés disent qu’à leur départ, Souchez était déjà fortement endommagé. Les hommes étaient conduits à Douai et aux environs, les femmes et les enfants dans la région de Valenciennes, Anzin et Condé. Ils y restèrent jusqu’en mars 1915, puis on les dirigea sur la Belgique où ils passèrent quelques semaines seulement. Les rapatriements en France commencèrent en avril 1915, et la plus grande partie de la population revint au cours de l’année.
Ni Souchez, ni en France occupée, ni en Belgique, les habitants de Souchez ne furent astreints à des travaux par les Allemands. Dans le Hainaut et la Belgique, ils devaient répondre trois fois par jour à l’appel, ils étaient logés chez les habitants du pays.
M. l’adjoint Marion qui était à Houdain a dû quitter cette ville en juin 1918. M. Galvaire, conseiller municipal, est lui aussi à Houdain. M. Dumont est à Doullens, sa femme est morte dans cette ville. M. Capet est à Acq. MM. Duffroy et Ernest Marcon travaillent aux Mines de Barlin. M. Flandrin qui a été rapatrié, est à Huby-St-Leu, près d’Hesdin. Deux autres conseillers municipaux MM. Mannessiez et Landri sont morts, le premier à Liévi, le second à Douai. M. l’Abbé Bois est rapatrié et habite Paris, 5, rue Castelan. Mme la supérieure de l’Hospice a été aussi rapatriée.
Souchez a été également bien éprouvé par la mort d’un grand nombre de ses enfants tombés face à l’ennemi, pour la défense du sol natal. Parmi eux citons : MM. Maxime Plouvier, Elisée Crépin, Gaston Maurice, Antoine Delabre, Honoré Lallart, Henri Robillard, Françaois Hennequin, Georges Forgeois, Louis Puchois, Augustin Marcon, François Marcon, Alfred Fénir, Hector Groux, Jules Groux, Marius Robillard. Cette liste n’est pas complète, hélas !…
Beaucoup de militaires de Souchez sont encore en captivité en Allemagne ? Citons : MM. Charlemagne, Bouilliez, Philippe Lallart, François Marcon.

Sucrerie d’Ablain St-Nazaire Les sanglants combats en juin 1915 dans ce secteur

sucrerie d'Ablain-St-Nazaire avant 1914

 

Construite en 1857, elle fut transformée en distillerie vers 1870. A cette époque, ce genre d’industrie était favorable aux besoins du pays et allait s’éteindre principalement dans le Nord de la France. La sucrerie d’Ablain en fut un exemple, elle allait se développer et devenir importante au fil des années.
Plus tard, en 1895, une ligne de chemin de fer, après de très nombreuses tergiversations, est mise en exploitation entre Lens et Frévent. Le but était, à l’origine, de concilier les diverses corporations de la région, les moulins, les mines, transport de personnel divers, commerce local ; en vérité, l’objectif principal était la manutention et le transport des produits betteraviers, ceci était très important pour les fermiers de la région et surtout pour les sucreries.
Au départ, elle appartenait, à l’époque à M. Hamiotte, ensuite c’est sa fille, Mme Lanthonne qui dirigea la fabrique. Plus tard, la gestion de l’usine sera assurée toujours par une descendante directe, Mme Berthereau.

Directeurs successifs de la " Sucrerie  " de 1863 à 1914.

Hippolyte Emmanuel Lecocq, né à Violaine en 1827, devint directeur de la fabrique en 1863. il épousa Mademoiselle Eléonore Delory, née en 1830 et décéda en 1909. ils reposent au cimetière d’Angres. De cette union naquit en 1861, Hippolyte Henri Lecocq et en 1863, à Ablain, Julien Auguste.
Hippolyte Henri épousa le 11 mai 1896 Marie Marguerite Letombe, née en 1872 dont les parents étaient fermiers à Angres, rue de Givenchy. Il décède à Angres, le 1 juillet 1928 à 67 ans. Il avait succédé à son père comme directeur de la fabrique. En 1913, Madame Letombe, mère de Marie Marguerite décède. Les enfants, la famille Lecocq quitte alors la Fabrique d’Ablain pour reprendre la ferme d’Angres, une belle culture de 30 hectares.
En 1913, c’est M. Tallo qui devient directeur de l’usine.

5 octobre 1914, c’est l’arrivée des Allemands.

Dès son arrivée, l’Etat-major ennemi installe sa Kommandantur au château de Carieul, distant de cinq kilomètres environ de la Sucrerie. Les jours suivants et pendant des mois, la riposte de l’artillerie française se fera de manière intensive, créant de nombreux dégâts au domaine  de Carieul et de ses environs. Malgré les bombardements successifs, les troupes allemandes avaient fortifié au maximum les solides bâtiments de la sucrerie, d’ailleurs les caves aussi furent largement utilisées par l’occupant.
Les combats acharnés de fin 1914, allaient s’amplifier dès l’année 1915, le mois de mai sera témoin de cruels engagements à travers les rues d’Ablain. Les rues du village jonchées de cadavres n’arrêteront pas la vaillante 70ème division de progresser à travers le localité malgré de nombreuses pertes. A la fin mai, Ablain était repris.

La reprise de la " Sucrerie  "

La chaussée pavée reliant Ablain-St-Nazaire à Souchez, est d’une longueur de huit cents mètres environ. Sur le côté droit, la rivière jouxte la route mais les bombardements journaliers l’ont fait dévier en divers endroits, créant de gigantesques mares dans les terrains avoisinants. A quatre cents mètres environ, on se trouve devant la fameuse " Sucrerie  " ; en réalité, il s’agit d’une distillerie, parue si souvent dans les communiqués militaires de l’époque.
Cette forteresse était défendue, arrivant du côté Nord, par la " Riegelstelllung " ; en oblique, une tranchée bien aménagée descendait des versants de Lorette, passait à proximité de la fabrique et continuait vers les positions ennemies du chemin de Carency. Celle-ci allait avoir une certaine importance sur le déroulement des combats à l’intérieur du village d’Ablain et sur l’attaque française en direction de Souchez.
Les Allemands étaient représentés dans ce secteur par plusieurs bataillons aguerris des I.R 142 et 114, leurs mitrailleuses en tirs croisés, allaient causer de gros dégâts parmi nos vaillantes unités de la 70ème division. De nombreux assauts vont avoir lieu pendant plusieurs jours, l’ordre était formel, il fallait à tout prix reprendre ce bastion dont les abords avaient été habilement transformés en position de défense. La nuit, nos Tirailleurs engagèrent de vigoureux corps à corps sur les positions ennemies situées à l’arrière de la sucrerie.
L’entrée Ouest du village de Souchez étant très importante pour l’ennemi, la route arrivant d’Ablain allait être renforcée sur toute sa longueur par des chicanes intermédiaires, lesquelles furent occupés par des demi-sections. En direction du chemin de Lens, les Allemands avaient échelonné leurs positions en demi-secteurs perpendiculaires, tronçons de tranchées non reliés entre eux, pour renforcer la ligne de défense Ouest. Celle-ci était également appuyée par les mitrailleuses du versant Nord, lesquelles se trouvaient dans des ouvrages à même le talus.
Plus loin, à cinq cents mètres environ, en arrivant à la lisière du village de Souchez, sur la gauche, se trouve un chemin creux d’une longueur de cinq cents mètres environ, converti par l’ennemi en un boyau-tranchée débouchant sur le chemin de Lens. On l’appelait la tranchée XZ et celle-ci allait être un solide bouclier pour nos ennemis car nos troupes eurent bien des difficultés, sous les tirs d’artillerie, à les déloger de ce point d’appui d’une extrême efficacité.

Vestiges de la distillerie de Souchez

Ces derniers jours, pour se venger de la perte d’Ablain, les Allemands bombardent intensément le village avec des projectiles de tous calibres. Sous cette avalanche de feu, la nuit, nos troupes creusent des boyaux d’approche en direction de la " Sucrerie  ". des reconnaissances sont effectuées par nos patrouilles en directions de l’Est. Le général Durbal, commandant la X ème Armée est formel, il faut enlever à tout prix cet obstacle sur la route de Souchez. Le général Maistre va faire appuyer par l’artillerie l’action du 33ème Corps en direction de ce bastion.
Le 31 mai 1915, notre artillerie, en position sur le plateau de Lorette et en arrière des villages venant d’être repris, va déclencher un bombardement de grande envergure. Le 237ème R.I avec ses deux bataillons (Becker et de Boissy) va se maître en liaison sur sa gauche, avec le 282ème R.I (13ème division). Sur sa droite, se tient la 269ème brigade.
Le 1er juin, à 8 heures du matin, l’attaque est déclenchée mais l’ennemi l’avait prévue. A peine sorties de leurs tranchées de départ, nos unités sont fixées sur place par un fort barrage d’artillerie et par des tirs d’enfilade de mitrailleuses lourdes. Celles-ci sont placées sur la gauche, à mi-hauteur du versant de l’Eperon T. nous avons de sérieuses pertes mais nos compagnies exaltées, s’élancent à nouveau avec ardeur sans pareille. Egalement au Nord, sur toute la longueur du chemin creux, en plus d’abris et de casemates, des ouvrages de tirs avaient été creusés dans ces hauts talus par l’ennemi.
Positionnées à des endroits précis, des mitrailleuses allaient, par leurs tirs de flanquement, créer de sérieuses difficultés à nos unités dans leur marche vers la Sucrerie. A l’approche de cet ouvrage, des combats très durs ont lieu dans la position de la Riegelstelllung , pour enfin arriver à anéantir toute résistance ennemie dans ce secteur. Hélas, le lendemain, l’adversaire produisait de nouveaux accrochages, toujours avec la même intensité.
La reprise de cette importante fortification s’est terminée en fin d‘après-midi du 1er juin 1915 et c’est le 6ème bataillon du 269ème R.I qui a eu l’honneur d’occuper l’usine. Au cours de cette opération, des deux côtés, les pertes ont été sévères. Le 2 juin, les combats continuent rageusement pour la possession de la " position du verrou ", en face de la Sucrerie. Pendant plusieurs heures, nos compagnies, avec acharnement, enlèvent à coups de grenades à main plusieurs tranchées ennemies à proximité mais, aussitôt de vigoureuses contre-attaques allemandes ont eu lieu. Nos forces seront contraintes de refluer en désordre dans les tranchées de départ à l’Ouest de la Sucrerie. Vers le soir, un nouvel assaut des unités de la 14ème brigade assurait la reprise de la Riegelstellung.
Dans la soirée du 2 juin 1915, à 21h30, l’ennemi effectue un bombardement d’obusiers de 210 sur l’ensemble de l’usine, accompagné d’un assaut de la 3ème compagnie de l’I.R 142. l’effet est désastreux, nos éléments occupant ces groupes de bâtiments, se trouvent dans l’obligation d’opérer un repli en combattant sur les positions de proximité. L’ennemi réoccupe à nouveau la sucrerie.
Pendant toute la journée du 3 juin, sous un tir d’artillerie de plus en plus violent et d’explosion de mines lourdes, des combats d’une extrême violence ont lieu à partir des tranchées Sud arrivant de Molaine et à proximité de l’usine. Suite à des perturbations causées par les explosions de ces mines, le deuxième bataillon allemand de l’I.R 142 va trouver devant lui, sur trois directions, des unités de coloniaux . comme le soir est tombé, après le lancement des grenades dans la tranchée ennemie par les tirailleurs, les corps à corps sont inévitables, on se bat à coup de bâton, de pelle, il y a beaucoup de pertes ds deux côtés. Dans la soirée du 4 juin 1915, après de durs combats dans la journée, les Français reprennent la Sucrerie définitivement et occupent une partie du " verrou ", côté Nord.
Les jours suivants, les Allemands ne pouvant pas admettre la perte de la Sucrerie, lanceront de nombreuses contre-attaques en direction de l’usine. Leurs compagnies attaquant en éventail, une formation venant du Nord, l’autre logeant la rivière, essayèrent à plusieurs reprises d’atteindre le mur d’enceinte mais les Français bien ancrés sur leurs nouvelles positions n’eurent aucune peine à bloquer les assauts ennemis ; devant des pertes de plus en pus sérieuses, par la suite, les attaquants devaient d’ailleurs abandonner leur revenche. La sucrerie restera définitivement entre nos mains.

Dans la côte de Barlin en 1915

Cavalerie alliée dans le bois de Barlin en 1915

 

En pleine guerre, à l'arrière du front, sur les secteurs de Verdrel, Fresnicourt et le bois d'Olhain, de nombreuses unitées étaient stationnées. L'infanterie y était majoritaire mais la cavalerie était également présente surtout sous le couvert de la forêt d'Olhain. Or, il fallait beaucoup de ravitaillement. Sur la photographie, montant la côte de Barlin, on aperçoit une remorque hippomobile chargée de paille destinée au dépôt se trouvant à la lisière du bois de Verdrel.

 

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Fresnicourt le Dolmen - 1916

Fresnicourt le Dolmen : Armée Britanique se rendant au front.

 

C'est la guerre, le front est stabilisé sur le mont de Vimy, les troupes anglaises sont arrivées en force, en prévision de fortes offensives sur cette crête boisée de Souchez à Vimy. Ici, un détachements de cyclistes anglais passe sur la place de Fresnicourt, en direction de Souchez-Neuville-St-Wast.

 

Catastrophe de la fosse 9 de Barlin

Catastrophe de la fosse 9 de Barlin en avril 1917

 

C'est ce jour que plusieurs ouvriers de Verdrel, parmi d'autres, furent tués suite à ce coup de grisou. On aperçoit les noms à l'emplacement où les corps ont été retrouvés. Certains avaient été à la guerre et renvoyés pour les mines !

 

Pendant la guerre de 1914

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Quelques jeunes soldats de Verdrel venant d'être incorporés au cours de la guerre de 1914. C'était la classe 1917. Seuls reconnus sur la photographie, Auguste Tételin, Jules Descamps reviendrons de la guerre. Alcide Tételin sera tué au front. Dans la commune, nombreux furent ceux qui restèrent sur le champ de bataille !

 

L'école de Fresnicourt le Dolmen

 

Cette photographie a été prise à la fin de la guerre de 1914 - cour de récréation.

 

Fresnicourt le Dolmen

 

A la sortie de l'école, les enfants se trouvent sur la place du village. Derrière eux, se trouve la mairie et à droite, on aperçoit l'école.

 

Les anciens combattants de Fresnicourt le Dolmen

Anciens combattants

 

Les rescapés de la guerre 1914 que l'on va appeler les Anciens Combattants. A part quelques récalcitrants qui n'étaient pas toujours d'accord avec le M. le maire, tous les ans, ces anciens se réunissaient en souvenir de leurs camarades tombés sur les champs de bataille. Hélas, ils furent nombreux tous ces braves qui restèrent à tout jamais loin de leur village.

 

Ecole de Verdrel en 1920

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On revoit sur cette photographie tous les anciens et anciennes de Verdrel, aujourd'hui disparus. On peut penser que l'institutrice était mademoiselle Griboval ?

Mariages à Verdrel en 1928

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Ce café était situé dans la ferme Bauchet Victor, en face du temple protestant. A l'époque, les mariages étaient importants. Les invités étaient nombreux et on s'amusait avec beaucoup de simplicité. C'était hier !

Mariage à Verdrel, en 1928.

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La mariée, Camille Rémy était la fille de Charles Rémy, cultivateur à la sortie du village, vers Fresnicourt. Le marié, Arthur Devillers était de Servins? La majorité des conviés étaient les voisins, plus les familles respectives. Je me rappelle avoir connu tous ces gens. Il faut dire qu'un mariage, à cette époque, avait son importance, on pouvait compter sur quatre-vingts invités environ, on savait s'amuser ! ...

Mariage à Camblin-L'Abbé, en 1928.

Mariage Camblin

 

Ce mariage a eu lieu en 1914 à Camblin entre Jeanne Hernu de Camblain et H. Coin d'Estrée Cauchy. La majorité ds invités était de la famille Rémy. Celle-ci étant nombreuse, disséminée sur plusieurs régions, le mariage se devait d'être important.
Hélas, le marié, mobilisé à la guerre, ne reviendra pas, il sera tué cette même année. Combien d'autres jeunes subiront le même sort de ce terrible fléau !

Ecole de Verdrel en 1933

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Cette classe était dirigée par Melle Griboval. On peut dire qu'à cette époque, il n'y avait jamais d'histoire, les élèves étaient obéissants. Je me rappelle du vieux chien noir qui se promenait parmi les élèves à la récréation, il s'appelait Bella.

L'école de Fresnicourt le Dolmen

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Photographie représentant la classe complète de l'année 1933

Rang du haut : Ernest Mercier, Aimable Caron, Léon Fréville, Jean Duquesnoy, René Poix, Roland Duquesnoy, Amand Brasseur, Edgard Lédée, Aimable Lebel

Rang du milieu : Michel Player, Marceau Gauthier, Renée Tételin, Louise Gauthier, Yvonne Fréville, Philips Manessier, Paul Hoyer, Francis Gamot, André Devienn.

Rang du bas : André Plaisant, Simone Cousin, Bérengère Deschamps, Odette Dervillers, Carmène Gervais, Jean Caron, Paul Clément Augustin Brasseur, Justus Lédée.

Souvenirs de jeunesse avant 1940

La guerre

 

La vie était simple et dure, les ambitions étaient limitées pour tout le monde, après la guerre de 1914, les gens s’étaient remis au travail mais le cœur n’y était plus. Ces quatre années de misère et de pleurs pour certaines familles, les avaient endurcies. La vie était difficile pour les classes ouvrières, il n’y avait pas d’argent. A partir de cette nouvelle guerre de 40, la situation n’allait pas s’embellir, à part certaines classes privilégiées qui n’hésitèrent pas à se remplir les poches, on appelait ça le marché noir. Pour les familles ouvrières, leur sort n’allait pas changer, après ces nouvelles quatre années de misère, la vie allait continuer, il fallait travailler pour vivre ! …

1939 - La guerre

La guerre

 

Verdrel - Année 1939, photgraphie prise en décembre

A partir de la gauche : Ernest Mercier - Un soldat anglais - Edgar Lédée - Justus Lédée

En cette période de fin d'année, dans notre région, de nombreuses unités anglaises étaient stationnées dans notre région. Beaucoup étaient logées chez l'habitant.

Verdrel - 1940

p23

 

Le chalet d'Henri Berthe près de La Tour.

Cette photographie aérienne fut prise par des gens grimpés sur La Tour. Quelques années avant la guerre de 1940, Henri Berthe, ancien fermier, avait fait construire ce petit chalet, sur un terrain qu'il possédait près de la Tour de Verdrel. Il y habitait avec Estelle Bernard. Entretenu avec amour, ce pavillon était de toute beauté. Henri était occupé pendant les années de guerre, à la Commune en qualité de cantonnier. Homme calme et travailleur, il jouissait de l'estime générale. Bien des soirées, pendant la guerre, j'allais faire une partie de cartes avec eux. Le fils d'Estelle, Jean Bernard, mobilisé sur la ligne Maginot, fut prisonnier et à la suite d'une grave maladie, décéda en 1943, à Villiers-sur-Marne. Ce fut tragiques pour ces deux vieilles personnes qui décédèrent peu après.

 

C'était la guerre

Hersin-Coupigny

 

C'était la guerre de 1940. Deux fermes à entretenir. Un père âgé. Trois frères prisonniers en Allemagne. Justus devait rentrer dans le circuit pour essayer d'éviter le pire dans cette période de trouble. Pour la jeunesse, ce fut laborieux et bien triste pendant ces cinq années.

 

 

C'était la guerre !

1942 La guerre

 

Pendant ces quatre années d'occupation, pour la jeunesse, les loisirs étaient plutôt rares, alors le football, le jeu de paume, quelques petits théâtres organisés, on essayait de se distraire autrement mais ce n'était pas facile. On peut même dire que notre jeunesse s'est passée dans une triste période.

 

 

Les renards de Verdrel

Renards

 

C'est en 1942 que ces deux jeunes renards furent offerts à la famille Lédée par le garde forestier Joseph Filliot. Ils furent élevés au début au biberon et ensuite, ils devinrent très familiers.

L'équipe de football de Verdrel en 1942

Foot42

 

Verdrel - Année 1942 - Pendant la guerre, on essayait par tous les moyens d'inventer des divertissements pour occuper la jeunesse. Celle-ci se trouvait souvent désœuvrée le dimanche car les fêtes étaient rares, aussi, bien des villages créèrent leur équipe de football.

Premier rang : Justus Lédée - Lucien Letalle - Henri Gervais - Jean Watreloo - Paul Dervillers - Jean Crespin.

Deuxième rang : Marcel Goubel - Ernest Mercier - Jean Duquesnoy.

Troisième rang : Léon Fréville - Aimable Lebel.

 

La Croix de grès de Verdrel

 

Situé à l'intersection de la route vers Fresnicourt et la direction d'Estrée-Cauchy, elle porte la date de 1952. Sa hauteur est 2,50 m. Elle a été certainement érigée après la destruction de la ferme Baillon au XVIème siècle. Derrière on aperçoit le bois de Baillon, celui-ci faisait partie de la forêt d''Olhain.

 

 

Il fait aussi partie des archives

Facon

Situé sur la route qui relie Servins à Hersin-Coupigny, cette ferme-café était la propriété des époux Montpetit-Rémy. En 1913, suite au décès de M. Montpetit, cet ensemble est vendu. Repris par la famille Paul Tételib-Florine Devienne, le café sera actif toute la durée de la guerre 1914. Une des filles, Marcelle, me racontait qu’étant jeune, elle était émerveillée par les passages des régiments en direction du front de Lorette, en prenant le chemin des loups, musique en tête. Pour elles, c'était la fête, hélas pour les pauvres fantassins, il en était tout autrement. C'est plus tard que Paul Tételin et Florine Devienne allèrent reprendre le café du centre à Verdrel.

Fresnicourt le Dolmen

 

Ce bon vieux presbytère en a-t-il vu passer des prêtres dans ses murs ! Hélas, ces dernières années l'on vu se dépérir manque d'entretient ou peut-être manque de curé. La population augmente mais les vocations pour ce genre de sacerdoce diminuent fortement. Ainsi va la vie !..

En Artois

Le jeu de paume ou jeu de balle au tamis

D'après certains écrits, dans la nuit des temps, ce jeu de balle se jouait avec la paume de la main. Peu répandu, il était surtout pratiqué dans les monastères et vers 1300, certaines régions l'adoptèrent; par la suite ce divertissement allait évoluer à travers plusieurs pays. Après quelques problèmes du côté de la noblesse qui désirait se l'approprier, ce sport va décroître et sera même interdit par le roi Louis XIV.
A travers les siècles, il reviendra en force mais sous diverses figures de jeux. En Angleterre, au XIXème siècle, il sera adapté en plein air sous la forme d'un exercice appelé tennis si connu de nos jours.
En France, il y eut la longue paume dans la Somme et l'Oise, avec quelques différences selon la région. Ensuite, la courte paume appelé l'ancêtre du tennis, se jouera plutôt dans les grandes salles. La région parisienne et le Sud en furent le berceau. Il est à noter que pour chaque forme de jeu de paume, au cours des années, diverses balles furent employées.
Pour le jeu de paume du Nord de la France, la différence existait concernant les règles mais le nom faisait toujours partie de la grande famille. Bien avant la guerre de 1914, comme les divertissements étaient assez rares, les jeunes gens s'adonnaient à et exercice surtout des les villages. Le terrain d'une longueur de 60 à 80 mètres, appelé "mail" sur lequel évoluaient ces amateurs, se trouvait souvent au centre de l'agglomération et était entouré d'arbres. Le jeu était pratiqué entre deux équipes face à face; selon un règlement bien défini, l'épreuve consistait à se renvoyer la balle de part et d'autre ave l'aide de la paume de la main. La balle pouvait se comparer à celle du tennis actuel.
Avec le temps, dans notre région, le jeu de balle au tennis allait le détrôner. Le gant, appelé au départ "platine", de forme ronde ou ovale, va remplacer la paume de la main, puis ce fut le "tambour". La balle beaucoup plus petite a comme nom "éteuf", boule de plomb garnie d'étoupe, gainée de cuir. Les artisans dont le métier était de précéder au montage de ces gants et éteufs, étaient appelés "paumiers" mais, bien souvent, dans notre région, cette activité était confiée à un bourrelier spécialisé dans ce genre de travail.
Le jeu se pratique, en amateur, avec 8 joueurs (en match professionnel, avec 5 joueurs). La livrée démarre avec un tamis sur lequel on fait rebondir un éteuf pour l'envoyer vers le camps adverse avec la paume de la main. C'est à partir de là que la partie s'engage à l'aide des tambours (il faut signaler que ces balles, quoique petites dans leur forme, étaient assez lourdes et dangereuses mais rares furent les accidents).

A Verdrel, il y avait une équipe comme dans de nombreux villages en Artois. On peut dire qu'à l'intérieur de chaque famille ayant plusieurs enfants, on trouvait un ou plusieurs gants. Hélas, après la guerre de 1940, ce sport fut abandonné. Actuellement, on trouve encore quelques terrains appelés "mails" dans certaines localité rurales. Le temps passe et les sports évoluent !...

 

Le jeu de paume : les accessoires

Garde vaches

 

De gauche à droite :

La platine : Indépendants les deux éteufs sont reliés par un cordon pour archivage.
Tambour ou gant,
Le Tambour-Gant,