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Guerre 1914/1918
Un coin de notre Artois dans le sang

d'après Justus Lédée
Justus Lédée

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Introduction - Le Château de Jonget - Les sources - Les Allemands à Souchez - Lorette - Le Kanzel Ablain - Les Allemands à Souchez - Les Nettoyeurs - Le 39ème à Souchez - Neuville-St-Vaast - Carency - Sucrerie - Attaque 16 juin - Attaque 25 septembre - La brigade 307 - La crête de Wimy 1915 - Epilogue d'un village - La vie à l'arrière - L'après guerre - Journal de marche

La guerre de 1914

Souchez - janvier 1915

Feu à Souchez Château Jongles

Introduction

Au cours de cette terrible guerre de 1914/18, ma famille comme tant d’autres, paya un lourd tribut, deux de mes oncles furent tués, quant à mon père, il s’en tire avec deux blessures. Pendant toute ma jeunesse, comme beaucoup de gamins de mon âge, je fus bercé par les récits de tous ces anciens ayant participé à ce terrible conflit ; revenus dans leurs foyers avec des séquelles de blessures, parfois des membres en moins, ils étaient restés humbles. Ils s’étaient remis au travail tout en pensant à leurs camarades tués aux combats, inhumés parmi tant d’autres et ça, rien n’a pu l’effacer jusqu’à la fin de leur vie.
Mon village natal, du nom de Verdrel, est situé sur le point le plus élevé des collines d’Artois et se trouvait, à l’époque, à cinq kilomètres de ce front de Lorette ; il avait connu comme tant d’autres, la vie de l’arrière avec toutes ses complications. les sol en avait été foulé par des milliers de poilus de toutes sortes. Quant à moi, fort de tous ces souvenirs récoltés auprès de ces braves vieux, pendant des années, je me suis plongé dans les archives concernant cette terrible guerre de 1914. j’ai surtout été attiré par notre chère terre d’Artois dont les reliefs naturels avaient malheureusement attiré les hordes ennemies. Concernant cette triste période, avec le temps, j’ai pu compulser bon nombre de photographies historiques ou journaux de marche, tout y est passé.
Depuis bien des années, j’habite le village de Souchez se trouvant sur la route d’Arras- Béthune ; autrement dit je suis en plein milieu de ce front d’Artois. Un beau jour en fin d’après-midi, un évènement se produisit, ce qui allait accélérer mes recherches. Je reçu la visite d’une dame allemande d’un certain âge, Mme Deimling, demeurant à Wedel, près de Hambourg, accompagnée d’un neveu, le Dr Gérhard Treutlein, professeur, habitant Heidelberg. Tous deux m’expliquèrent que leur père et grand-père avaient combattu à Souchez, en 1915 et qu’il avait été tué le 9 mai lors de la grande attaque frnçaise. Il était Capitaine, adjoint du Général Janke, commandant le 39ème Landwer, régiment bavarois en position au ravin des Ecouloirs.
Ces deux officiers allemands ont disparu au cours de cette journée du 9 mai 1915 et leurs corps ne furent jamais retrouvés malgré les nombreuses démarches des deux familles. Le professeur Gerhard Treutlein me fit plaisir en m’offrant une copie du carnet de route de son grand-père, le Capitaine Treutlein; chaque jour, celui-ci avait noté tous ses déplacements dans le secteur de Souchez et d’Avion où les deux Officiers logeaient quand ils partaient en repos, en ce début de l’année 1915. Après la guerre, leurs familles revinrent en pèlerinage plusieurs fois en Artois, sur ces lieux où tant des leurs avaient disparu.
Le professeur Treutlein, au cours d’une visite, me remit des photographies prises à Souchez, par son grand-père, le Capitaine Treutlin, en avril 1915. or il se trouve que l’une d’elles représente le château de Jonglez de Ligne situé près de la place de Souchez ; celui-ci sera rasé, comme tout le village, pendant cette année 1915. ce cliché est unique car jamais, dans notre région, aucun habitant n’avait eu l’occasion d’admirer cette belle demeure bâtie en 1720.
Ayant fait ressortir ce fait important concernant Souchez, il m’a paru normal d’enchaîner par un récit succinct des combats ayant eu lieu sur tout ce coin d’Artois à partir de 1914. que ce soit sur Lorette ou sur les villages environnants, les combats furent d’une intensité et d’une âpreté sans pareilles. Des deux côtés du front, il y eut de nombreuses pertes en hommes, français et allemands vont s’entretuer pendant douze mois pour des résultats parfois décevants. Les assauts se multiplièrent régulièrement sans tenir compte des pertes énormes, le prestige des Généraux était en jeu ! … il fallait obéir et ne pas chercher à comprendre !
pendant toute cette année de 1915, les villages seront dévastés par les tirs d’artillerie ; des tranchées, des boyaux, des défenses de toutes sortes, viendront hachurer cette belle terre d’Artois. De nombreux hommes restèrent terrés sous les bombardements pendant des mois, dans une boue constante, avec le froid et la pluie. Ce fut horrible ! …
Selon le bon vouloir des Etats-Majors, attaques sur attaques étaient décidées et ces valeureux poilus se lançaient à l’assaut des défenses ennemies où bon nombres des leurs allaient trouver la mort. Ce fut l’enfer aussi bien di côté français que du côté allemand. Le mont de Lorette fut d’ailleurs appelé par nos ennemis, " Totenhügel ", la colline de la mort.
Au cours de tous ces mois de l’année 1915, les combats continueront, éparpillant des milliers de morts sur ce front d’Artois. La guerre finie, tous les corps de cette malheureuse jeunesse seront rassemblés et iront prendre place en d’interminables lignes de tombes allant former nos vastes nécropoles.
De nombreuses familles viendront prier, surtout dans les premiers temps puis au fil des années, les cohortes disparurent, on ne peut pas toujours vivre de souvenirs ! Actuellement, pendant les beaux jours, il y a continuellement des visites mais peu nombreuses, à part les dimanches et jours de fête.

Souchez - Château Jonglez-de-Ligne

Château de Jonglez-de-Ligne

La guerre à Souchez, au cours de l'année 1915, fut d'une extrême violence, les tirs d’artillerie s’acharnèrent sur toute l’étendue du village surtout en prévision de la grande attaque française du 9 mai. La kommandantur allemande avait été implantée, dès le 5 octobre, au château de Carieul mais sous les bombardements incessants, ses services étaient venus s’installer dans les caves du château Jonglez. Sur la photographie prise par le capitaine Treutlein, en avril 1915, on aperçoit devant le bâtiment, de très gros tas de terre remuée à la place des massifs de fleurs ; les Allemands avaient, en effet, creusé un souterrain recouvert d’une grosse dalle en béton d’un mètre d’épaisseur. A partir de mai, le château va se dégrader rapidement sous les coups ininterrompus de l’artillerie française.

 

Sources

Concernant le récit de tous ces combats, je me suis basé, en premier lieu, sur des ouvrages sérieux ( Capitaine Joubert – Louis Barthas – Galtier Boissière – Blaise Cendrars – Henri Barbusse – Pierre Petit et bien d’autres livres et journaux), que j’ai eu l’occasion de consulter depuis des années. Ce fut un travail laborieux et, en même temps, un devoir envers nos anciens et nos enfants. Ceux-ci s’apercevront un jour que l’on avait imposé à leurs grands-pères, une guerre, la plus meurtrière de tous les temps.
Il est certain que pour fignoler mes informations, je me suis basé sur des rapports manuscrits concernant les unités combattantes ( journaux de marche ), ce qui était plus sûr. et, pour parfaire le tout, et ceci est important, j'ai eu l'occasion, j'ai eu la chance d'avoir un ami allemand, Hermann Plote, qui est un historien de renom. ayant des connaissances très étendues dans ce milieu, avec gentillesse, il m'a procuré des journaux de marche et historiques allemands.
Fin traducteur et toujours prêt à donner une information manquante, je peux dire qu’il m’a été d’un très grand secours. Dans bien des cas, il a fallu recouper les écrits français et allemands pour cerner en partie la vérité. C’est pourquoi, je ne peux que remercier Hermann car sans lui, je n’aurais fait que retracer les faits relatés par de nombreux écrits. Il est vrai que certains de nos combattants présents au cœur même de la bataille ont pu faire revivre la vie des tranchées dans des ouvrages, avec une grande sincérité ; seuls, ces gens là en avaient le droit et leurs écrits attireront encore longtemps bien des lecteurs respectueux de la grande guerre. Alors que d’autres auteurs, longtemps après guerre, sortirent bon nombre de livres souvent romancés.
Espérons que notre jeunesse n’oubliera pas tous ces courageux Poilus ayant passé leurs plus belles années dans la boue des tranchées, sous la mitraille. Pour ceux, dont la chance avait permis de revenir dans leur famille, ces heures d’angoisse devant la mort étaient gravées dans leur mémoire à jamais !

 

La guerre en Artois

L’arrivée des troupes allemandes à Souchez

La population n’y croyait pas et pourtant, elle allait se trouver à nos portes cette terrible guerre de 1914 avec tous ses malheurs. Dès le 2 août 1914, l’ordre de mobilisation générale est affiché dans toutes les communes de France. Souchez, à l’instar de beaucoup de villages d’Artois, va commencer à subir ce terrible conflit. Sa population va évacuer vers l’Ouest, elle ignore encore que son territoire va faire partie intégrante du front. Deux mois après, la situation va changer très vite.
Dès le 5 octobre 1914, Souchez est occupé par les troupes allemandes ; la population affolée fuit vers l’arrière, le village étant sous le feu de l’artillerie française. Celle-ci vient de mettre ses batteries en position d’urgence au Sud et à l’Ouest de ce nouveau front pour essayer d’arrêter l’ennemi. Malheureusement, Souchez comme beaucoup de villages environnants, va commencer à subir de gros dégâts.
La photographie du château présentée plus haut, a été prise en avril 1915 par le capitaine allemand Treutlein, adjoint du général Janke. Ces deux Officiers faisaient partie du 39 ème Régiment landwehr allemand, trouvèrent la mort le 9 mai 1915, au cours de l’attaque française. On aperçoit sur le cliché que les belles pelouses et les beaux parterres ont disparu. A leurs places, les occupants ont installé un grand abri souterrain, recouvert d’une dalle en béton d’un mètre d’épaisseur, elle-même se retrouvant sous des terres rapportées.
En octobre 1914, l’Etat-Major allemand s’était installé au château de Carieul mais il devait quitter cette zone pourtant très fortifiée car les tirs incessants de l’artillerie française avait eu raison de cet édifice. De ce fait, à la fin de février 1915, la Kommandantur allemande viendra abriter ses services au château Jonglez où des travaux importants de sécurité avaient lieu sur l’ensemble du secteur.
A partir de cette période, notre artillerie va intensifier ses tirs sur le village de Souchez, occasionnant de sérieuses destructions sur toute la localité. Le 24 avril 1915, l’ordre est donné par l’Etat-Major allemand, d’évacuer les 350 personnes restantes de l’Hospice. La situation devient intenable, les habitations subissent d’énormes ravages, plus de toit, maisons brulées, le Parc est complètement labouré par les obus mais le château Jonglez n’est touché que partiellement.

Mont de Lorette – La guerre des tranchées

Depuis le mois d’octobre 1914, on se bat sans arrêt sur le secteur de Lorette, les Allemands se sont déjà très bien retranchés depuis leur arrivée sur le mont. Dès le mois de décembre, nos troupes attaquent sans relâche à partir du bois de Bouvigny, en direction de la Chapelle. Plusieurs lignes sont reprises à l’ennemi qui est pourtant fortement organisé sur le plateau. Au cours des mois de janvier, février, une lutte sans merci va se poursuivre sans arrêt, on creuse des sapes, on fait sauter des mines, il y a de fortes pertes des deux côtés.
Le 21ème Corps d’Armée du Général Maistre va prouver sa ténacité en rapprochant ses unités par des combats rapides et efficaces en direction des premières lignes allemandes. Mais la lutte est dure, le mauvais temps persiste, le terrain est gluant tel une mer de boue, les pertes sont énormes pendant tous ces mois d’hiver. La Chapelle transformée en fortin sera prise et reprise plusieurs fois ? combien de Poilus trouveront la mort devant ce lieu de prière !…
L’ennemi bombarde sans arrêt avec des obus de tous calibres,, le terrain est bouleversé, les tranchées et boyaux subissent de gros dégâts, il faut continuellement refaire les parapets. Nos bataillons de Chasseurs, sans répit, participent à tous les combats de Lorette, ils alternent avec des unités des 237 ème R.I, 360 ème R.I. tous ces bataillons vont se faire remarquer par leur ardeur combative, leur courage à toute épreuve, devant un ennemi déterminé et très bien organisé.
De la Faisanderie se trouvant à la lisière Ouest du bois de Bouvigny, au centre du Plateau, de nombreux plans d’attaque sont établis par notre Etat-Major. Des réseaux de galeries de mines sont organisés pour faire sauter les tranchées des premières lignes ennemies. Hélas, la pluie continue de tomber avec acharnement, de l’eau, de la boue partout !… un vrai déluge pour tous ces hommes dont de nombreux de leurs camarades, en plus, ont dû être évacués au cours de ce rude hiver pour des pieds gelés !…

Officiers du 158<sup>ème</sup> RI en 1915 à Lorette

Dès les premiers jours de mars, l’artillerie allemande s’acharne par des bombardements nombreux et intenses sur toute la surface du plateau jusqu’à Noulette. Nos batteries ripostent du mieux possible, nos fantassins de première ligne ; renforcés par des équipes du génie, devront attendre l’arrivée de la nuit pour essayer de refaire les parapets et colmater les abris effondrés.
A l’aube de la journée du 3 mars 1915, d’énormes explosions font trembler la colline de Lorette. De nombreuses mines ennemies viennent de sauter, de larges entonnoirs anéantissent une grande partie de nos positions. En même temps, le bombardement allemand s’intensifie, c’est l’enfer. Immédiatement, les assaillants sortent de leurs tranchées et foncent en rang serrés vers nos positions bouleversées par les bombardements. Des combats atroces au corps à corps ont lieu, la situation devient intenable pour les nôtres, obligés d’opérer un repli d’ensemble avec de nombreuses pertes. Malgré un soutien efficace de notre artillerie, rien ne peut arrêter ce déferlement massif de l’ennemi ; celui-ci allait reprendre l’Eperon des Arabes ainsi que certaines de nos positions vers le Nord.
Côté français, cette journée allait coûter très cher en hommes, ce fut désastreux. Côté allemand, les pertes furent également énormes du fait de cette offensive en force, l’ennemi avait lis trois régiment en ligne. Les attaques et contre-attaques allaient durer six jours, toujours sous les bombardements ; elles permettront de reprendre une partie du terrain perdu. Les troupes du 21 ème corps sont épuisés, à bout de forces, mais elles iront malgré tout au combat sans relâche. Parmi elles, le commandant de Lalène-Laprade fut un exemple de bravoure sur ce plateau de Lorette, il trouvera la mort le 12 mai ; il était au milieu de ses bataillons de Chasseurs, non loin des vestiges de la Chapelle.

Secteur d’Ablain – Les combats pour la " Kanzel "

Le village d’Ablain est lui aussi occupé depuis octobre 1914, l’ennemi transforme la majorité des habitations en points fortifiés. Les Français dont les lignes se trouvent à l’Ouest et au Nord, accrochent régulièrement les troupes allemandes. Pendant ces mois d’hiver, des duels d’artillerie ont lieu mais l’ennemi s’incruste dans cette ligne fortifiée, blottie au pied du versant Sud de la colline de Lorette. A l’Ouest du village, sur les hauteurs, existe un mamelon se situant près de la lisière Est du bois de Bouvigny. On l’appelle le Grand Eperon, c’est un observatoire de tout premier ordre. A cet endroit, les Allemands sont bien implantés, leur position principale d’une longueur de 300 mètres, est située en demi-cercle sur ce versant Sud.
Cette défense s’appelle la " Kanzel-Stelhung ", en français, chaire. Celle-ci est reliée avec l’arrière par quatre boyaux de communication. L’un d’entre eux est couvert, il est protégé sur le dessus par des éléments grillagés et sa longueur est de 600 mètres ; il descend vers le secteur du château d’Ablain et alimente plusieurs tranchées étagées en contrefort de la pente Sud de l’Eperon. D’autres directions rejoignent le secteur du moulin Topart. Sous les bombardements français, dans ces ouvrages qui étaient occupés par deux compagnies du 110 ème Grenadiers, renforcées d’élément de la 109 ème et 2 ème Chasseurs bavarois, la vie y était terrible. La terre était tellement humide, boueuse, qu’il fallait constamment descendre les fusils pour les nettoyer dans la rivière. Côté français, les mêmes problèmes se posaient, non seulement il fallait endurer ce sol gluant mais aussi les bombardements incessants de l’ennemi. Le 11 mars 1915, le Général de Maud’Huy commandant la Xème Armée, veut à tout prix enlever cet observatoire exceptionnel de l’ennemi. Notre artillerie va procéder à des bombardements intensifs et continus sur la " Kanzel ". la situation des défenseurs allemands va être intenable, leurs tranchées sont fortement endommagées, occasionnant des pertes importantes. Les jours suivants, les mines souterraines entrent en action, les Français profitent du bombardement pour faire sauter une galerie sous les positions allemandes se trouvant distante de 60 mètres. Les deux compagnies présentes subissent de très grosses pertes, beaucoup de chasseurs bavarois resteront ensevelis. Nous sommes le 14 mars 1915, c’est un feu d’enfer, la " Kanzel " n’avait jamais connu un bombardement d’une telle violence. Les tranchées allemandes étaient devenues presque invisibles. A 13h00, le 3ème bataillon du 158ème R.I donne l’assaut en direction des positions ennemies de ce secteur. Les combats font rage pendant trois jours, sous un bombardement intense. Au cours de ces journées, les allemands perdent plus de 200 hommes. Côté français, les pertes sont également sévères, le commandant Dupont et un grand nombre de ses officiers laissent leur vie dans cet enfer. Nous avons repris l’ensemble de ces tranchées et la relève est assurée par le 2 ème bataillon du 158 ème R.I, dirigé par le Ct Prévot. Pendant plusieurs jours, les bataillons allemands vont réagir et essayer de récupérer la " Kanzel ". des corps à corps ont lieu, ceci sans résultat car nos troupes se défendent avec acharnement. Il faudra attendre le 20 mars après une attaque en masse dirigée à partir de la vallée de la Cense, près du château, pour que le 1 er bataillon du 108 ème allemand reprenne une partie de ses anciennes tranchées. Les jours suivants, les bombardements continuèrent, des attaques, des contre-attaques se succédant sans résultat jusqu’à fin mars. Côté français, sous les tirs de barrage incessant de l’ennemi, le 17ème bataillon de Chasseurs va maintenir le contact avec beaucoup de difficultés. Le 15 avril le Général de Cadoulal, commandant la 13ème division d’infanterie, va opérer une attaque de grande envergure dans ce secteur. Après un bombardement d’une extrême violence, vers 13heures, le premier bataillon du 109ème R.I, se lance à l’assaut de cette terrible " Kanzel ". Les combats sont rapides et meurtriers mais la reprise définitive du Grand Eperon est terminée. Cet enfer aura laissé un triste souvenir, beaucoup de combattants y ont laissé leur vie et certains sont restés enfuis vivant dans cette terre glaise sans avoir pu être secourus.

L’attaque française du 9 mai 1915

Par la suite, les évènements vont se précipiter, le Général d’Urbal a pris le Commandement de la 10ème armée le 10 avril 1915, il va fixer les objectifs de la grande attaque du 9 mai. Sur un front de 20 kilomètres, un renfort de troupes va être acheminé, sans discontinuer. Le 33 ème Corps d’Armée est sous les ordres du Général Pétain. En attaque centrale, à partir des lignes parallèles, devant le bois de Berthonval, c’est la 77 ème division du Général Barbot. Celle-ci va marcher en direction de la côte 119, cabaret rouge, bois des Ecouloirs, la tâche ne se sera pas facile. La 70 ème division ( Général Fayolle ) dont les unités se trouvent sur les lisières Ouest d’Ablain-St-Nazaire et du moulin Topart, attaquera Carency par le Sud ; elle va lier son mouvement avec la 77 ème Division d’un côté et de l’autre, avec le 21 ème Corps d’Armée se trouvant vers le Nord.
La Division marocaine du Général Blondlat aura pour but, en premier lieu, les positions parallèles ennmies, plus une partie des " ouvrages blancs " ; ensuite, plusieurs fortins se trouvant devant la route Arras-Béthune, le point 123 et la crête 140. pour cette opération de grande envergure, le 7 ème Tirailleurs algériens avec ses trois bataillons se tiendra sur la droite du 159 ème R.I. le 1er Etranger avec trois bataillons, attaquera sur la droite des Tirailleurs, la tâche sera rude car il aura de face la majorité des " ouvrages blancs ", ensuite, des fortins et côte 140 où les Allemands ont consolidé leurs positions.
Fin 1914, le siège du Quartier général de la 10 ème Armée se trouve au château de Bryas, près de Saint-Pol (Général de Maud’huy ). En prévision des grandes opérations prévues pour cette année 1915, des réunions vont avoir lieu dans ce magnifique château, en présence des Généraux Joffre, Foch, de Maud’huy, Pétain, Weygand, et de tous les Commandants d’Unités concernées.
Les premiers mois de 1915, le Général Foch installe son Etat-Major au château de Cercamp, à Frévent. Cette magnifique propriété se trouve à l’entrée de la ville, côté Est, en direction d’Aubigny-en-Artois.
A partir de cette année, les postes de Commandement vont se rapprocher du Front et seront situés pendant l’attaque du 9 mai 1915 :
- Pour la 10 ème Armée, le P.C. sera installé au château de Cambligneul, à 6 km du front.
- Pour le 33 ème Corps d’Armée ( Général Pétain ), c’est au château de Camblain-l’Abbé situé sur la chaussée Brunehaut, non loin d’Arras.
- Pour la 77 ème Division ( Général Barbot ), Mont-St-Eloi sera le poins central, aux abords du bois de Berthonval.
- Pour la 70 ème Division ( Général Fayolle ), c’est au château du bois de la Haie que seront implantés ses services.
- Pour la Division marocaine ( Général Blondlat ), le P.C sera situé à la maison Lamalier, Mont-Dt-Eloi.
- Pour le 21 ème Corps, Général Maistre, le P.C se trouvera au passage à niveau de Petit-Sains.
Le général Balfourier commande le 20ème Corps d’Armée, ses unités se chargeront de la partie Sud, du hameau de la Targette, du cimetière de Neuville-St-Vaast et Bois de la Folie. Dans tout ce secteur, l’ennemi a transformé la majorité des habitations en fortins, la lutte y sera sévère.
Le 17 ème Corps d’Armée du Général Dumas partant d’Ecurie, Roclincourt, va essayer de forcer les ouvrages des secteurs environnants le Labyrinthe et vers Bailleul. Le 10 ème Corps d’Armée avec le Général Wirbel donnera l’assaut en direction de Bailleul-Sir-Berthoult, Point du jour. Pour le 21 ème Corps d’Armée commandé par le Général Maistre, le point fort sera le plateau de Lorette où les Allemands sont fortement implantés.
Côté Ouest, les premières lignes ennemies font face au bois de Berthonval, à 150 mètres des nôtres. Immédiatement derrière, les deuxièmes lignes sont composées des " ouvrages blancs ". ceux-ci sont formés d’une suite d’abris, de boyaux, de tranchées, de chicanes, que les Allemands ont préparés depuis de longs mois. A proximité de la route d’Arras-Béthune, à l’intérieur des terres, on trouve de nombreux points d’appui en forme de fortins mis en place de la sortie Sud de Souchez à La Targette. Ouvrages Weimar au point 123, de Nuremberg, près du chemin qui relie Carency à La Targette, de la Marguerite, à l’entrée de La Targette, de Dantzig, sur la route de Mont-St-Eloi. Tout ceci en prévision d’attaques françaises arrivant de l’Ouest. Côté français, à l’arrière, sur un front de vingt kilomètres, des renforts d’artillerie sont amenés à pied d’œuvre. Depuis un mois environ, des convois interminables de canons, d’infanterie, encombrent toutes les routes et chemins de campagne se dirigeant vers ce front d’Artois. La population de l’arrière reste stupéfaite devant cette avalanche de matériel militaire. Sur place, en prévision du jour J, l’artillerie s’active avec intensité à mettre toutes ses batteries en position. A partir du 3 mai, des réglages de tirs sont effectués. Pendant plusieurs jours, les défenses allemandes seront arrosées sporadiquement. Le 9 mai 1915, tout est prêt, notre artillerie, dès 6h du matin, commence un bombardement sans pareil sur l’ensemble du front. Les défenseurs allemands sont terrifiés par cet ouragan de feu qui va niveler toutes les fortifications des " ouvrages blancs ", ainsi que des casemates, boyaux, tranchées, tout va s’effondrer sous une avalanche d’obus. Nos ennemis, ahuris, affolés, n’ont pas le temps de riposter, d’ailleurs beaucoup d’entre eux sont ensevelis, tués. La résistance des Allemands qui ont pu passer à travers l’ouragan de feu, va se trouver amoindre devant le déferlement de nos troupes. Les tirs continueront pendant quatre heures. A dix heures, l’attaque de la X ème Armée est lancée sur toute l’étendue du front d’Artois. Au Nord, la 77 ème division du Général Barbot composée du 97 ème R.I, du 159ème R.I, des 60 et 61ème bataillons de Chasseurs, attaque en direction de l’Est. Le cabaret rouge, le cimetière de Souchez, la côte 119, seront les objectifs principaux de ces compagnies. Les combats seront rapides, peu de pertes et à 11 heures, la route de Béthune avec ses ouvrages, était atteinte. A partir de là, les combats vont se durcir, l’ennemi réagit, il y aura de sérieux vides dans nos rangs mais cette valeureuse infanterie alpine continuera sa marche en avant. Les buts assignés pour le 159 ème R.I étaient la côte 119, le bois des Ecouloirs, les boyaux de communications alimentant les premières lignes allemandes.
Sur la gauche, vers 10h45, le Parc du château Jonglez à Souchez, est occupé côté lisière Sud-Ouest par nos troupes. L’ennemi riposte, les combats vont durer plus d’une heure, nos poilus doivent décrocher devant la pugnacité des Allemands. Ceux-ci sont très bien organisés dans ce bois de Carieul depuis le début de la guerre, de nombreuses chicanes et tranchées y sont implantés. En directions de la route de Béthune, nos troupes continuent leurs combats avec âpreté pendant ces toutes premières heures. La reprise des tranchées Sud du village, du cimetière, de l’Ouvrage Oméga, et du Cabaret rouge, sera l’affaire de l’infanterie alpine du 97 ème R.I. Plusieurs batteries allemandes commencent à réagir à partir de 11 heures.
Malgré un bombardement intense de l’ennemi, le cimetière restera entre nos mains toute la journée ; la compagnie d’infanterie alpine commandée par le lieutenant Humbert, s’accroche et se défend énergiquement derrière les murs d’enceinte. Nous avons des pertes ; les renforts n’arriveront que très tard le soir et après un abondant bombardement, les Allemands reprennent ce point fortifié en début de soirée. Nos compagnies se replient sur les tranchées du Cabaret rouge et de la route de Béthune, les hommes sont épuisés et les pertes très sévères.
Le lendemain, dans la journée du 10 mai, le Général Barbot est grièvement blessé sur le chemin reliant Berthonval au Cabaret rouge, transporté à l’hôpital du château de Villers-Chatel, il décèdera le même jour. Il sera inhumé à la lisière du bois entourant le parc du château avec les honneurs militaires.
Pour le 159 ème, la tâche ne sera pas moins ardue, sur sa droite, le 1er bataillon, s’empare après un dur combat, avec l’aide des Tirailleurs, de l’Ouvrage 123. ce point d’appuie allemand était occupé par la 16 ème compagnie du 39 ème Landwehr ( Capitaine Ellering ). A proximité, d’autres travaux de défense étaient venus consolider ce passage de la route d’Arras. Aussitôt la reprise de ces éléments, nos compagnies alpines vont assaillir la tranchée des pylônes et le boyau couvert qu’elles vont reprendre à l’ennemi et occuper. Les Allemands se sont ressaisis, des corps à corps seront nécessaires pour reprendre ces points fortifiés. Sous le feu des mitrailleuses ennemies, les hommes du 6ème bataillon du 159ème traversent la route de Béthune et foncent à leur tour en direction de la tranchée des pylônes. Toujours sous les tirs ennemis, ils vont se porter en direction du boqueteau des Ecouloirs où des Allemands se sont retranchés.
L’ennemi réagit avec des tirs de 105 et 77 installés au Nord-Est de Souchez, nous avons de sérieuses pertes. Le 2 ème Bataillon arrive à la route de Béthune à 11h40, organise le talus et s’installe au débouché du boyau 123. le 4 ème bataillon en réserve de Division, se porte à la même heure à 150 mètres de la route de Béthune où il organise une ligne de tranchées, en liaison par ses patrouilles avec la ligne de feu. Vers 14 heures, l’appui de notre artillerie faisant défaut, en fin d’après-midi, les trois compagnies puis le premier bataillon sont dans l’obligation de décrocher et de se replier sur la tranchée des pylônes. La fin de la journée se termine par des bombardements intenses et continuels des batteries allemandes. La situation reste la même jusqu’à 18 heures. Les Allemands se sont ressaisis, une partie de leurs renforts viennent d’arriver. Le mouvement en avant est quand même repris par les deux bataillons de première ligne, appuyés par le 2ème bataillon. Mais, devant une insuffisante préparation de notre artillerie, le mouvement est suspendu. Nos compagnies ont accusé de très fortes pertes sous le feu roulant de l’artillerie ennemie. A la fin de cette dure journée, nos positions sont fragiles.
Le lendemain 10 mai, le Colonel Desvoyes prend le commandement de la 88 ème Brigade, le Colonel Stirn ayant été tué ce même jour. Le Lieutenant-Colonel O’Dictte prend le commandement du 159 ème R.I. Le 11 mai, le 66 ème R.I, mis à la disposition de la 88ème Brigade, arrive vers 3 heures à hauteur des ouvrages de la route de Béthune. A 13 heures, une attaque française en direction des crêtes 119/140 est reprise, appuyée par le 66ème R.I et trois bataillons du 159ème. Sous un bombardement ennemi extrêmement violent, avec des tirs d’enfilade de mitrailleuses placées aux abords de Souchez, nos Unités ne peuvent déboucher. A 18 heures, l’ordre est donné de reprendre les positions de départ.
Les jours suivants, la situation ne va pas s’améliorer, l’ennemi a renforcé son artillerie, nous subissons de terribles tirs à partir du village de Souchez. Les unités du 159 ème s’occupent surtout à consolider les tranchées que nous avons reprises. D’autres combats auront lieu dans ce secteur, un des plus meurtrier de la ligne de Front. Au cours de ces dures journées, le 159ème R.I fera plus de 600 prisonniers. Pendant ces trois premiers jours, pour le régiment, le total des pertes en hommes, tués et blessés sera de 1500 environ !…
Sur la droite du 159 ème R.I, se trouve la Division marocaine ( Général Blondlat ). Le 7 ème Tirailleur algériens qui fait partie de cette vaillante Unité est commandée par le Lieutenant-Colonel Demez ; à l’heure H c’est l’attaque en direction de la route d’Arras-Béthune.a travers les barbelés, sous les mitrailleuses allemandes, les combats, au départ, sont très durs pour ces compagnies, celles-ci vont perdre la majorité de leurs chefs. A 11 heures, le Colonel Demetz à la tête de la troisième vague, arrive au point 123, près de la route de Béthune et opère un rassemblement rapide. Il y a beaucoup de pertes en hommes. Il demande un appui d’artillerie plus fourni pour continuer les combats en direction de la côte 140. des combats acharnés vont avoir lieu dans la deuxième partie du versant Est de la route de Béthune ; à l’approche de la crête de Vimy, l’ennemi est tenace, il s’accroche à ses positions, des renforts étaient annoncés et commencent à arriver, venant d’Avion.
Nos unités sont désorganisées mais l’avance continue sous les tirs de mitrailleuses allemandes provenant des vergers de la Folie. Les combats seront d’une extrême violence, ils vont durer une heure trente, tout ce qui reste de nos compagnies se replie en direction d’un talus naturel. Des renforts allemands débouchent des vergers de la Folie, créant des attaques et contre-attaques durant toute l’après-midi. La nuit suivante, l’ennemi s’est enhardi et a repris du mordant, il continue ses harcèlements devant nos troupes exténuées mais admirables d’énergie. Le 10 mai, le Colonel Gros, commandant de Brigade tombe, mortellement frappé. Grâce à ma fermeté du Commandant Des Garniers, de ses Officiers et de ses vaillants Tirailleurs, après les efforts fournis, la situation s’est maintenue toute la journée. A 20h45, le Régiment est relevé et part en repos au Mont-St-Eloi. Il est remplacé par un bataillon d’infanterie. Les pertes pour cette terrible journée seront énormes, 1987 hommes. Tant de courage pour si peu de gain !…
pour cette journée du 9 mai 1915, à la même heure, le régiment de marche du 1er étranger, commandé par le Lieutenant-Colonel Cot, se tient accolé, côté Nord au 7ème régiment de Tirailleurs. Trois bataillons en ligne d’attaque et un bataillon en réserve de Division. Dès 10 heures, l’attaque est menée rondement, malgré la surprise, les Allemands résistent désespérément en blessant et tuant beaucoup des nôtres. Plusieurs Officiers du 1er Etranger sont frappés à mort dont le Ct Noiret, Ct Muller ; plus tard, ce sera le tour du Colonel Pein et du Colonel Cot d’être mis également hors de combat, nous éprouvons des pertes importantes. Devant l’acharnement des mitrailleurs allemands retranchés dans les " Ouvrages blancs ", nos valeureux légionnaires continuent de charger à travers les défenses ennemies.
Vers 11 heures, le 1er Etranger a dépassé la route de Béthune-Arras après avoir anéanti les défenseurs des ouvrages de Nuremberg et de Weimar, plus la tranchée Schiller. Rapidement, les rassemblements s’effectuent et la marche en avant, sous l’impulsion des Officiers, reprend avec une frénésie et un courage qui animent ces vaillants soldats. Vers 12 heures, la côte 140 est atteinte mais les combats deviennent de plus en plus meurtriers sous la mitraille ennemie. Ce n’est que vers 19 heures, après une lutte incessante, qu’un bataillon de Zouaves arrive quand même en renfort.
En fin de journée, vers 21 heures, après de lourdes pertes, nos Unités reçoivent l’ordre pour un repli général et viendront reprendre position en partie dans les tranchées des carrières et des pylônes. Tous ces légionnaires, exténués, après avoir passé la nuit aux abords de la route de Béthune partiront en repos le lendemain vers Mont-St-Eloi. Ils seront remplacés par le 8ème Zouaves et le 4ème Tirailleurs. Les pertes en hommes seront élevées (1889).

Les nettoyeurs

A partir de cette année 1915, on a commencé à parler des " nettoyeurs de tranchées ". a l’arrière, tout fut fait pour ne pas ébruiter cette spécialité.
Devant le droit international, il était impensable que des faits aussi barbares aient pu avoir lieu, côté français comme du côté allemand.
 Et pourtant, avant l’attaque du 9 mai 1915, du côté français, le Haut Commandement avait déjà pris des directives concernant la conception de groupes de " nettoyeurs ". Les ordres étaient les suivants : (Dans chaque compagnie, quelques hommes déterminés pour le nettoyage des tranchées ennemies seront choisis ; munis de révolver, de couteaux à spirales, grenades, ils feront partie des compagnies d’attaque). En effet, des poignards seront distribués à certaines unités ( le 23 septembre 1915, à Harbacq, pour le 280 ème R.I, des coutelas furent attribués à chaque escouade – Pour le 1 er Etranger, l’ordre fut donné également ainsi que pour le 7 ème Tirailleurs algériens.
Début 1915, un poignard français fut même fabriqué dans les forges à proximité du Front, à Mont-S-Eloi et autres villages. Il était façonné sans fantaisie dans du fer rond et mesurait 20 cm de long.

Le 39ème Lanwehr à Souchez

En ce qui concerne les troupes ennemies, le 39 ème Landwehr, commandé par le Général Janke, était arrivé à Souchez depuis le début de janvier 1915. après avoir combattu à Messines, en Belgique, cette Unité était venue renforcer le front allemand établi dans le secteur depuis octobre 1914. ce régiment était formé de quatre bataillons, le 1er, commandé par le Capitaine Stockhausen, se trouve en position devant Berthonval avant l’attaque du 9 mai 1915. il a sur sa droite, le 3 ème bataillon du 7 ème régiment de réserve bavarois ( Capitaine Lang ). Au point d’appui n° 3 près de la route Arras-Béthune, c’est la 16 ème compagnie (Capitaine Ellering) du 4ème bataillon (39 ème ) qui est en réserve de de sous-secteur
Le jour de l’attaque française, le 2ème bataillon allemand, commandé par le Major, était en repos à Avion. Il reçoit l’ordre de la Brigade de se porter immédiatement à Souchez, en direction du point 123, route d’Arras mais à son arrivée, les troupes françaises sont déjà dans le ravin des Ecoukoirs. Des accrochages très rudes vont avoir lieu, surtout aux abords de l’"Armierungsweg " (chemin d’armature). C’est le 159 ème R.I.A, de la 77ème Division attaquant en direction de la  côte119. des corps à corps acharnés ont lieu, des assauts, des replis, vont durer toute le journée. De nombreuses pertes. Le 3ème bataillon allemand ( Major Von Stresow) se tiendra surtout dans le secteur de Neuville où il va combattre dans plusieurs directions, subissant de lourdes pertes.
Quant au 4ème bataillon du 39ème Landwehr, sa 16ème compagnie sous les ordres du Capitaine Ellering, se trouve au Point d’appui n° 3, route d’Arras. Ses 14 et 15ème compagnies, en repos ce matin même, à 9h20, encore à Avion, viennent se mettre en contre-attaque dans les tranchées parallèles au chemin des carrières. En fin d’après-midi, les troupes françaises se sont établies à proximité des tranchées des pylônes et du Cabaret rouge. Des assauts répétés de part et d’autre vont durer pendant des heures et créer de sérieuses pertes en hommes.
Fin avril, les autorités allemandes ayant fait évacuer les retraités et le personnel de l’Hospice de Souchez, cet établissement spacieux va servir de poste de commandement au Capitaine Fries, pour toutes les troupes de réserve se trouvant dans le village. D’autres services occuperont également ces grands bâtiments. Quant au P.C du Commandant de secteur ( Major Düwel ) il se trouve au château Jonglez.
La 13ème compagnie du 4ème Bataillon ( Lt Eckert )stationnée en réserve en début de matinée du 9 mai, reçoit l’ordre du Commandant de Secteur, le Capitaine Fries, de marcher vers le château. Il est 10h45, c’est au pas de course que cette Unité va foncer en direction du Parc où les troupes françaises viennent de pénétrer. Elle se porte en renfort du 109ème grenadier badois déjà en position, les combats vont durer plus d’une heure, obligeant les Français à se replier vers la route reliant Carency à Souchez. Les pertes seront lourdes des deux côtés, tant l’attaque a été rapide et brutale.

Neuville-St-Vaast – Le 9 mai 1915

Vers ce secteur fortifié au plus haut point, cette journée du 9 mai, allait être marquée dès le début par une défense tenace de nos ennemis. Le 20ème Corps, sous le commandement du Général Balfourier, va se trouver devant un front renforcé ; les Allemands depuis bien longtemps avaient transformé ce village et ses abords, en abris bétonnés ; chicanes et tranchées étaient disposées de façon à bloquer toute attaque venant de l’Ouest. Placée à la droite du 1er Etranger et de la Division marocaine, au Sud du bois de Berthonval, la 39ème Division est en ligne à 200 mètres des positions allemandes. La 78ème Brigade va attaquer les lignes ennemies en direction de La Targette, Neuville, Bois de la Folie. Le 156ème R.I, avec ses trois bataillons, se trouve en première ligne. Le 160ème R.I a deux bataillonsen réserve de Corps d’Armée et un bataillon en réserve de Division. De 6 à 10 heures, un bombardement intense de notre artillerie, écrase les défenses ennemies. A 10 heures, le Colonel De Coutard, commandant le 156ème R.I, donne le signal d’attaque.

Tous les hommes se lancent de la parallèle dans un ordre parfait. Chaque compagnie franchit la première puis la deuxième ligne sans y trouver une grande résistance, l’ennemi est encore sous le choc de nos tirs d’artillerie. Mais un peu plus loin, deux mitrailleuses allemandes placées sur un barrage dans le chemin creux de Mareuil à La Targette, vont faire un bon nombre de victimes dans nos rangs. Les bataillons continuent leur progression et, à 11 heures, ils enlèvent les défenses ennemies aux abords de La Targette. Trois cent cinquante prisonniers allemands sont envoyés à Ecoivres. L’avance devient plus lente aux approches de Neuville. Sous le feu ennemi, les 160 ème et 156 ème R.I entrent en action à l’entrée du village. Nos pertes augmentent considérablement, chaque habitation étant fortifiée, nous ne pouvons plus avancer sans les renforts promis ; ceux-ci n’arriveront que le soir. Les Allemands s’accrochent désespérément à leurs positions bien aménagées.
Dans les mêmes temps, la 77ème Brigade avec deux régiments, se lance à l’assaut, le 153ème R.I part en tête et le 146ème R.I suivra peu après. L’attaque est dirigée sur la lisière Est du hameau de La Targette. Les premières lignes allemandes sont franchies sans trop de pertes sauf pour le bataillon de droite qui tombe sous le feu d’une mitrailleuse non détruite, les pertes sont sérieuses. L’avance se poursuit rapidement, le hameau des Rietz est pris et la lisière de Neuville-St-Vaast est atteinte. A ce moment, nos premiers éléments sont épuisés par l’effort qu’ils viennent de fournir, des troupes fraîches sont indispensables pour continuer cette attaque. Surtout que les troupes allemandes se sont ressaisies et résistent énergiquement à hauteur du cimetière.
Le Général de Division met le 2ème bataillon du 146ème, à la disposition du Colonel, commandant  la Brigade. Cette unité va être engagée pour renforcer les éléments de première ligne. A l’intérieur du village, l’ennemi a transformé la majorité des habitation en fortins. En plus des tranchées, des chicanes sont installées dans toutes les rues ; des combats acharnés vont avoir lieu. Il y aura beaucoup de pertes des deux côtés mais nous faisons un grand nombre de prisonniers.
En fin de journée, un mélange de troupes se produit entre les deux Brigades, les combats continuent avec la même âpreté. L’ennemi est bien retranché dans ses abris-cavernes. Des corps à corps ont lieu, nous tenons une partie du village de Neuville et nous sommes arrivés à proximité du cimetière. A la tombée de la nuit, le 3ème bataillon du 146ème R.I quitte les tranchées de première lignes où il est remplacé par deux bataillons du 83ème R.I. à la même heure, sur la droite de la 39ème Division, se trouve la 22ème Brigade avec les bataillons de la 37ème, du 79ème, et 26ème R.I. l’attaque de ces unités se fera en direction des tranchées allemandes de la Maison blanche, du Moulin, de la Moissonneuse. L’assaut se fait en trois vagues successives, épaulé par la 21ème Brigade se trouvant sur la droite. L’avance est pénible sous les tirs des mitrailleuses.
L’ennemi résiste et s’accroche sur tout le secteur, nos compagnies vont subir de très lourdes pertes. Des tranchées sont reprises sous un feu violent d’artillerie. Le but final sera le cimetière où pendant plusieurs jours, des combats atroces auront lieu au milieu des tombez ; il faudra attendre le 11 mai, à 17 heures pour que la nécropole soit reprise par nos troupes. A proximité, de nouvelles attaques ont lieu, des contre-attaques, les pertes sont de plus en plus sérieuses. Dans le village de Neuville, la lutte continue dans chaque rue, de maison à maison, les accrochages sont extrêmement durs.
Les Allemands ont l’art du truquage des positions, les communications souterraines leur permettent de circuler sur l’ensemble du village et de surgir en des points inattendus. Il a fallu un courage à toute épreuve de la part de nos fantassins pour arriver à soutenir une progression dans ces nids de mitrailleuses si bien camouflés nos soldats sont épuisés, éreintés, ces journées furent pour eux, un véritable enfer. Il faudra attendre le 9 juin 1915 pour que le village soit repris définitivement par la 5 ème Division, commandée par le Général Mangin.
Plus au Sud, les Unités du 17 ème Corps d’Armée sont fauchées au départ par le feu des mitrailleuses allemandes ; elles vont déboucher avec beaucoup de difficultés aux environs d’Ecurie et Roclincourt. Après des assauts répétés, nos hommes ne peuvent rien faire contre les abris bétonnés et ces blockhaus pour mitrailleuses, l’ennemi y est trop bien implanté. Notre artillerie lourde, malgré ds bombardements incessants, n’arrive pas à détruire cet ensemble du Labyrinthe situé entre Neuville et Ecurie. Les Allemands, depuis de nombreux mois, se sont occupés ingénieusement à masquer cette série d’ouvrages. Devant des difficultés énormes, il faudra beaucoup de volonté et de ténacité de la part de nos fantassins, pour se résigner à maintenir leurs positions sous les bombardements ennemis.
Le 10 ème Corps d’Armée accolé au 17 ème, attaquera avec le même élan sur la gauche de la Scarpe, faubourgs de Saint-Laurent-Blangy, côte93 ( Point du jour ) et vers le Nord de Bailleul-Sir-Berthoult. Mais, dans ce secteur où l’ennemi a renforcé ses défenses, malgré de sérieux accrochages, nos résultats se soldent à quelques petites avancées. Face à des positions ennemies aussi renforcées, la journée se termine sans grand changement.


Reprise de Carency et d'Ablain-St-Nazaire

Depuis l’automne, le Haut-Commandement français avait lancé à plusieurs reprises des attaques conte le secteur de Carency. Pendant toute la période d’hiver, des coups de main très durs étaient engagés contre les positions allemandes, on fit sauter de nombreuses mines, l’ennemi en fit autant ; les pertes furent sévères, près des ravins, le secteur ne présentait plus que des cratères, tout était difforme, le terrain était retourné. Côté Ouest, le village était entouré d’entonnoirs. A proximité, les tranchées et boyaux étaient en partie noyés, les hommes avaient de la boue jusqu’à la ceinture, la vie y était intenable.
Ce jour du 9 mai 1915, il fallait absolument changer cette situation qui ne pouvait plus durer. L’ennemi considérait ce secteur comme imprenable, tellement il avait effectué de travaux de défense dans la majorité des habitations. Pendant trois heures, notre artillerie avait pilonné Carency. Au départ de l’attaque, les unités de la 70 ème Division du Général Fayolle encerclent le village, les Allemands abrités derrière trois lignes de tranchées, s’accrochent désespérément. De cruels corps à corps vont avoir lieu. Le 360 ème ( Colonel Piazza ) avec ses deux bataillons attaque sans relâche, il a sur gauche, le 42 ème bataillon de Chasseurs. L’approche est ardue, au milieu d’explosions de mines et de tirs ennemis. Nous avons des pertes sérieuses.
Le village est bâti dans un secteur très vallonné, il a été choisi par les Allemands pour y créer une position de tout premier ordre. La majorité des habitations ont été transformées en fortins par l’ennemi et malgré un bombardement d’enfer de notre artillerie, nos troupes progressent avec beaucoup de difficultés. Dans le courant de la première journée, le 237 ème R.I, commandé par le Colonel Shuhler, arrive avec ses deux bataillons de renfort. Une heure après, deux de ses compagnies vont lancer une attaque en direction du boyau de " La Redoute " ; aussitôt, l’adversaire déclenche un violent tir de barrage, nous avons de sérieuses pertes, nos unités n’ayant aucun couvert, doivent opérer un repli. Au même moment une attaque est dirigée sur le bois 125 où les Allemands se sont retranchés : des combats acharnés à l’arme blanche ont lieu. Il faut absolument reprendre cet important point de résistance.
Le deuxième jour, d’autres régiments, le 269 ème R.I et le 226 ème T.I, viennent se porter en soutien du 360 ème R.I et se mettre en liaison avec les Chasseurs de la 88ème Brigade. Le Colonel Stirn est à la tête de cette unité, il sera tué le 10 mai 1915 près de son P.C, à la lisière du bois de Berthonval.
Ces combats d’une violence extrême vont durer trois jours et le 12 mai 1915, le village est complètement encerclé par nos troupes. Il y a beaucoup de tués et de blessés. L’ennemi se rend en très grand nombre. Les prisonniers, par colonnes, sont acheminés vers le Château du Bois de la Haie où se trouve l’Etat-Major de la Division. Le P.C du Général Fayolle se trouve à la Conciergerie du Domaine.
Le 13 mai 1915, le Général Durbal donne des instructions pour une reprise impérative d’Ablain-St-Nazaire, le temps presse, il faut absolument dégager ce village. Ce même jour l’artillerie française va diriger ses tirs sur l’ensemble de ce secteur très fortifié. La 70 ème Division, aidée au Nord par le 21 ème Corps de Général Maistre, va engager de sérieux combats sur l‘ensemble de la localité. La 13 ème Division progresse sur la lisière Nordd’Ablain-St-Nazaire. Sous les tirs intenses d’artillerie, la Division du Général Fayolle s’infiltre profondément à travers le village fortifié. Ses sections d’assaut sont accrochées continuellement devant les paquets de maisons transformées en casemates. Nous avons des pertes, l’ennemi se défend avec acharnement. Les combats sont rapides, bien souvent au corps à corps, à la grenade, il faut absolument avancer vers le sortie en direction de Souchez. Hélas, d’autres tueries attendent nos vaillants Poilus.
Ces combats de rues vont continuer toutes ces journées de mai ; sous l’impulsion de leurs Officiers, les Allemands s’accrochent désespérément tout en se repliant vers le Nord du village. Chaque maison est un véritable fortin, en plus des tranchées, des chicanes sont dressées dans chaque rue. Le 226 ème R.I attaque continuellement et progresse en direction de l’église tandis que les unités du 279 ème arrivent en renfort de soutient, sans relâche les combats continuent.
Le 26 mai au soir, le 360 ème va relever le279 ème dans les positions du centre. Chaque bataillon a trois compagnies en première ligne et une compagnie en réserve. Les tranchées deviennent rudimentaires sous les bombardements ; en plus, celles-ci sont prises d’enfilade par des mitrailleuses ennemies placées à la Maison blanche. nos compagnies arrivent à proximité du chemin encaissé de la route de Carency qui servait de boyau de communication en direction du Fortin de Molaine.
Le 360 ème R.I va engager de sérieux combats en direction de la maison blanche du Docteur, celui-ci se trouve sur la route principale et a été transformé par l’ennemi en véritable fortin. Une heure d’assauts répétés de 20 ème et 24 ème compagnies vont contraindre les défenseurs allemands à tomber entre nos mains avec beaucoup de difficultés. De nombreux prisonniers vont sortir de cet enfer. Les pertes seront sévères. Aux abords de cde carrefour, les combats continuent avec la même âpreté.
Le 27 mai, après un bombardement d’artillerie durant quatre heures, deux compagnies du 360 ème R.I, donnent l’assaut à un autre point fortifié, le cimetière d’Ablain. L’attaque est menée côté Est et Sud, après de furieux combats, nos fantassins enlèvent cet ensemble d’ouvrages où chaque caveau a été transformé en point fortifié. Nous avons de fortes pertes. Les compagnies de ce vaillant 360 ème R.I paieront un lourd tribut en hommes pour le village d’Ablain.
Le 237 ème R.I va prendre la relève pour nettoyer les abords de l'église où de nombreuses tranchées ont été aménagées par l'ennemi sur tout le pourtour de l'édifice. Le fortin du Presbytère ainsi que les trachées Est du village vont demander encore plusieurs heures de combats ; de nombreux prisonniers allemands sortiront des caves de l'habitation paroissiale se trouvant sur le chemin creux de Lens. Le 31 mai 1915, le village d'Ablain-St-Nazaire est libéré complètement après de lourds sacrifices. Les Allemands, dont l'acharnement avait retardé la reprise de la localité, laisseront pour leur part un grand nombre des leurs. A partir du 25 mai, le 21 ème Corps du Général Maistre a repris possession des dernières défenses l'ennemies sur le plateau de Lorette. Seuls les versants Sud et Est, sont toujours occupés par les troupes allemandes.

Reprise de la " Sucrerie ".

A partir du 30 mai, dès l'aube les 139 ème et 140 ème brigades, en liaison sur la gauche avec la 13 ème Division, vont attaquer en direction de la Sucrerie. Au départ, ces unités sont bloquées par un très fort barrage d'artillerie allemande et des tirs d'enfilade de mitrailleuses lourdes placées sur l'Eperon T de Lorette. De furieux engagements vont avoir lieu en direction de Souchez, l'ennemi fatigué par ses combats retardataires, s'accroche avec ténacité. Sans interruption, les assauts courageux de nos fantassins verront la reprise et l'occupation de cette fameuse Sucrerie, par les compagnies de la 139 ème Brigade, le 1 juin 1915. le 2 juin des combats continuent dans la soirée, l'ennemi réoccupe l'usine. Ce n'est que le 4 juin que nos troupes reprennent la Sucrerie. Le Commandement allemand dont les troupes se sont défendues avec acharnement, n'admet pas d'avoir perdu ce point fortifié, très important pour lui. Les jours suivants, des contre-attaques ennemies vont avoir lieu journellement, toujours avec l'espoir de reprendre ce bastion. Le 5 juin 1915, le 93 ème I.R allemand placé sous le commandement de la 117 ème Division d'infanterie, remplace le 142 ème I.R sur les positions parallèles de la lisière Ouest de Souchez. Vers midi, il reçoit l'ordre de la Division de reprendre coûte que coûte la Sucrerie et de former trois colonnes d'assaut dans cette direction. Le 2 ème bataillon effectue cette attaque à 19h30 avec deux compagnies arrivant du chemin de Lens, côté Nord et une compagnie débouchant de Carieul, côté Est. Les fantassins allemands se déploient le long de la rivière et foncent en direction de ce qui reste du mur d'enceinte de la Sucrerie.
L'échec est total devant les tirs de mitrailleuses de la défense française très bien organisée dans les décombres de l'usine, les assaillants se retirent avec de lourdes pertes. Malgré les tirs violents de l'artillerie française, à plusieurs reprises, les troupes allemandes essaient de reprendre ce bastion mais leur élan est toujours brisé à faible distance par le feu des mitrailleuses. Plusieurs Officiers allemands périssent dans ces assauts répétés.
Le 6 juin vers 19 heures, après un tir d'une extrême intensité d'artillerie, une violente attaque française est dirigée contre le 72 ème I.R allemand en position à la droite du 93 ème I.R, côté Nord. La réaction est brutale, sous les tirs de mitrailleuses ennemies, nos troupes sont obligées d'opérer un repli. Le 7 juin, après une préparation d'artillerie ennemie massive contre la " Sucrerie ", les compagnies allemandes partent à l'assaut vers 2 heures du matin ; l'accrochage est intense, mais devant la résistance de nos troupes bien ancrées, elles sont obligées de se replier sur leurs positions à la lisière de Souchez. A nouveau, leurs pertes sont si sérieuses que devant ce nouvel échec, le Haut Commandement allemand se résigne à abandonner cette fameuse distillerie.
Sur le terrain reliant Ablain à Souchez, des combats journaliers, bien souvent des corps à corps, vont avoir lieu, des deux côtés, il y aura de nombreuses pertes en hommes. Le chemin de Lens, appelé le chemin creux, fait partie du verrou allemand mis en place pour couvrir le point d'appui de la " Sucrerie ".
Celui-ci est formé d'un talus naturel, truffé d'abris, de casemates, et surtout d'un système de défense renforcé qui va créer beaucoup de difficultés à nos troupes. Début juin, la 13 ème Division se trouvant sur le bas du versant Sud de Lorette et le 360 ème R.I, vont donner de furieux assauts à cet horrible chemin creux.
Il faudra attendre fin juin 1915 pour sa reprise partielle par le 21 ème Corps. La partie vers Souchez, solidement organisée, ne sera enlevée par nos troupes que le 25 septembre. On peut dire que ce chemin de communication d'Ablain à Angres, aura représenté l'enfer pour nos fantassins car nous y avons eu beaucoup de pertes pendant des semaines.

Attaque du 16 juin 1915

Le 16 juin 1915, après un bombardement  de l'artillerie française de 3 h à 13h30, la 70ème Division d'un seul élan, traverse le quai en direction du château de Carieul fortifié. De furieux combats vont s'engager, le père du Général Fayart faisant partie de ce 42 ème B.C.P, va trouver la mort près du château ce même jour. Nos hommes, malgré une très bonne coordination, devant un ennemi bien implanté, se voient obligés de se replier le long du talus Ouest du quai de la gare. Donc, vers la fin du mois de juin, la première ligne française est établie sur ces positions, quelques centaines de mètres ont été repris. Pendant plusieurs mois, français et allemands vont se trouver dans leurs tranchées respectives de chaque côté du quai de ce que fut la gare. Les tirs d'artillerie vont continuer de part et d'autre avec la même intensité. Les boyaux et tranchées auront beaucoup à souffrir, la nuit, il faudra continuellement les remettre en état. A l'Ouest de Carieul, les terrains sont remplis d'eau, la rivière a été déviée par les bombardements.
Plus au Nord, le chemin blanc appelé XZ, est occupé par l'ennemi contraint d'abandonner ses tranchées parallèles Ouest pour se consacrer à une forte défense dans ce secteur. Cette position va subir des assauts continuels de nos troupes, les 360 ème R.I, 226 ème R.I, harcèlent l'ennemi nuit et jour. Sans relâche, les compagnies de ces unités vont s'acharner sur cette position. Le 10 juillet 1915, après des pertes sévères des deux côtés, les Français arrivent à reprendre ce fameux chemin blanc et s'y installent. Les Allemands se replient à l'Est sur leurs position de l'Emden, Neuer, Radaü et du chemin de fer.
Cette tranchée XZ est devenue, à la limite de Souchez, la première ligne française occupée par des unités de la 70 ème Division, elle va avoir de face, distante de quatre vingt mètres, la tranchée allemande du chemin de fer jusque fin septembre 1915. en ce qui concerne les forces allemandes, elles conservent la tranchée du passage à niveau, la tranchée du quai et la tranchée du chemin de fer. Côté Est, la tranchée de l'Emden qui communique avec les défenses de la gare, côté Sud, le boyau Hindenburg, qui longe le château de Carieul et va raccorder les défenses ennemies vers les Ecouloirs. Plus au Nord, le boyau de l'Hôpital qui rejoint les défenses côté Est, entrée du Parc, les tranchées secondaires disséminées à travers bois.
Les tirs d'artillerie, de part et d'autre, vont continuer dans ces secteurs, créant des pertes sévères en hommes. Les mois vont passer avec des bombardements dévastateurs et cruels, des accrochages dans le chemin creux-Est d'Ablain à Angres où la 13 ème Division, en liaison avec la 70 ème, multiplie ses assauts répétés. L'ordre du Général d'Urbal est de supprimer ce bastion à tout prix mais l'ennemi résiste avec acharnement et oblige nos troupes à livrer des combats continuels à la grenade et au corps à corps. Les pertes sont sévères des deux côtés, ce secteur truffé d'abris et de chicanes, est difficile d'accès pour nos fantassins. Nous sommes dans la deuxième quinzaine de juin 1915 et il faudra encore attendre fin septembre pour enlever ce terrible chemin creux.
Le 22 juin 1915 le Général Nudant est appelé au commandement de la 70 ème Division, il va remplacer le Général Fayolle nommé à la tête du 33 ème Corps d'Armée. Le Général Pétain dirigeant ce glorieux Corps, va se retrouver à la tête de la II ème Armée. Cet officier supérieur de très grande valeur, sera tout au long de ces quatre années de guerre, estimé par la majorité des hommes de tranchées ; il essayera toujours de rester en contact direct avec tous ses braves de première ligne, son but, depuis le début des hostilités, était d'épargner le maximum de vies humaines.
Dès le 15 septembre 1915, le Général Durbal, suivant les instructions reçues du Haut-Commandement, fixe les derniers détails de la nouvelle offensive en Artois. A l'arrière, dans les villages distants d'une dizaine de kilomètres, jours et nuits, des convois interminables de canons de tous calibres sont acheminés vers le Front. D'Arras à La Bassée, de nombreuses pièces sont prêtes, 75, 12, 155, 220, 270. le long de la lisière ouest du bois de Bouvigny, côté Noulette, les canons ont été doublés. Rien n'est négligé, cette attaque doit produire des résultas décisifs devant des organisations allemandes toujours aussi solides.
Une mère qui habitait le village de Verdrel, disait dans une lettre du 2 septembre 1915, qu'elle envoyait à son fils se trouvant sur le front de l'Est : " Les Anglais ont installé un très gros canon dans le Parc du château de Bouvigny, les soldats l'appellent " la grand-mère ". Chaque fois que coup part, le sol tremble dans tous les villages environnants " et pourtant ceux-ci se trouvaient ç six kilomètres !..
Le 20 septembre 1915, vers 10 heures, notre artillerie va commencer un bombardement sans pareil sur tout le front, celui-ci va durer cinq jours. Selon les officiers d'artillerie français, le jour de l'attaque, le 25, un énorme nuage de poussière blanche s'est élevé au-dessus du village, Souchez était complètement rasé, plus rien n'était debout. Et, pourtant, ce même jour, alors que l'artillerie ennemie tirait, elle aussi, sur nos positions de 4h00 à 5h30, nos batteries, à nouveau, recommençaient ses tirs nombreux en direction des défenses allemandes. Sous un nuage épais, impénétrable de fumée, les bombardements passèrent bientôt en un feu roulant.
Depuis le 10 septembre 1915, la 139 ème Brigade de la 70 ème Division était partie en repos dans les villages de La Comté et d'Estrée-Cauchy mais dès le 23, ces unités viennent reprendre leurs secteurs. Les 9 ème et 10 ème compagnies du 42 ème B.C.P occupent les tranchées Nickler et Vaille devant le quai de la gare, les 7 ème et 8 ème compagnies, en retrait, se trouvent dans les tranchées Blanchetière et Baudelot.
Le 44 ème B.C.P se met en réserve aux abris Mary et à la briqueterie d'Ablain, près du chemin de Carency, pour se porter avec le 269 ème R.I,le jour J, sur la gauche du 42 ème B.C.P. Au Sud, la liaison sera établie par la 77 ème Division dont les unités se tiennent dans les tranchées du Cabaret rouge, positions du versant du chemin des pylônes et des carrières.

Attaque française du 25 septembre 1915

Avec une pluie qui va durer toute la journée, le 25 septembre, à 12h30, l'attaque générale est lancée. La 139 ème Brigade est toujours dans les tranchées de première ligne devant le quai de la gare et le Parc de Carieul. Les 9 ème et 10 ème compagnies du 42 ème Bataillon s'élancent par vagues successives en direction des ruines fortifiées du château de Carieul. Des échelles sont jetées en travers les douves pour accéder plus rapidement aux ruines occupées par des mitrailleuses ennemies. Leurs tirs ralentissent la progression des Chasseurs mais après plusieurs assauts où nous avons quelques pertes en hommes, les occupants se résignent à lever les bras. Carieul est enlevé, il faut repartir vers le parc sous les tirs d'artillerie ennemie.
Sur la gauche, malgré la rapidité de l’attaque française, la réaction allemande est violente, de durs combats vont avoir lieu dans ce secteur. La 8 ème compagnie de Chasseurs est envoyé en renfort derrière la 9 ème, ma jonction se fait avec le 269 ème R.I vers le Nord et la 77 ème Division par le Sud. Le peloton de mitrailleuses dirige immédiatement après l’attaque une section de la 9 ème. Une compagnies du 44 ème bataillon de Chasseurs est demandé en soutien, elle vient se placer en arrière de la 7 ème compagnie dans la tranchée Sombart. A travers le parc dont les pâturages étaient appelés bien avant la guerre 1914, en terme notarial " prairies flottantes ", le terrain est effectivement en grande partie noyé ; surtout par les eaux des bras de rivières arrivant de Carency et d’Ablain dont les cours sont déviés par les tirs d’artillerie.
L’avance est extrêmement pénible et difficile dans ce secteur marécageux, encombré de troncs d’arbres déchiquetés et de trous d’eau. Devant les défenses aménagées depuis le début de la guerre par l’occupant, nos valeureux Chasseurs ont devant eux de nombreux obstacles. Avec un entrain admirable, nos Vitriers s’accrochent en bondissant à travers les restes du bois de Careuil.
En plus, les mitrailleuses allemandes en position dans la tranchée de l’église et sur les ruines du Château Jonglez, ralentissent notre progression. Nous avons de sérieuses pertes. A certains endroits, l’engagement va être rude de part et d’autre mais le bataillon progresse vers l’entrée du domaine, face à la route de Béthune, et à 15 heures, le Parc était repris complètement.
Immédiatement, la 70 ème Division va renforcer ses positions pour repartir ensuite à l’assaut du village, côté Est. Au Nord, dans la journée, de sanglants combats vont avoir lieu à l'intérieur de Souchez. La 13 ème Division du 21 ème Corps ( Général Martin de Bouillon ) lance ses vagues d'assauts en direction du chemin creux et de trois fortins (01 – 02 – 03) qui se trouvent à proximité de la route Arras-Béthune. Cet enfer de chemin creux d'Ablain à Angres, va être repris à la baïonnette, les combats seront de courte durée car nos soldats sont d'une intrépidité extrême. L'ennemi riposte mais devant l'avalanche de nos colonnes d'assaut, il décroche en maints endroits. Ce secteur nous aura coûté bien des vies humaines depuis le mois de juin.
La halte du chemin de fer, au Nord de Souchez, sera témoin de furieux combats de la part des compagnies du 21 ème R.I, 109 ème R.I.Ces vaillantes unités se battront sans interruption toute cette journée. D'autres régiments se distingueront à fond dans cette offensive, nous aurons beaucoup de pertes mais l'ennemi éprouvera de grands vides parmi ses troupes.
Plusieurs mines explosent dont l'une au fortin 02, d'après les récits du Capitaine Joubert, celle-ci ouvre un entonnoir de trente mètres de diamètre et la déflagration cause de nombreuses pertes allemandes. Elle ensevelit également une section de mitrailleuses du 21 ème B.C.P.
Dans le courant de l'après-midi, la Halte du chemin de fer, près de la route Arras-Béthune, est enlevée difficilement par deux compagnies du 109 ème et deux du 21 ème R.I. A l'Est, à cinquante mètres de l'autre côté de la route, se trouve une position ennemie que les Allemands appellent le " Hexenkessel ", le chaudron du diable. C'est là qu'un grand nombre des leurs ont péri par suite d'explosion de mines et de tirs d'artillerie ; plus haut, le bois11, un point fortifié est repris par la 13 ème division, épaulée par la 43 ème. Celle-ci se dirige ensuite vers le Bois en Hache où une contre-attaque du 106 ème R.I.R allemand, l'oblige à se replier sur la tranchée des fils de fer se trouvant près du bois 11. Nous éprouvons de sérieuses pertes sous les bombardements.
L'Etat-Major allemand se trouve au moulin Buquet situé sur la rivière de Souchez, à l'entrée du village d'Angres. Il dispose de la 123 ème Division d'infanterie saxonne, IR 106, IR 178,IR 182. Un autre régiment, l'IR 38 est en position près de la route Arras-Béthune, côté ravin des Écouloirs, limite du cabaret rouge à la route de Carency. Les unités allemandes occupent le boyau Muller-Weg transformé en tranchée reliant les positions Reuss-Stallung ceinturant la côte 119, au boyau Hindenburg, route de Carency. Même chose pour le Thiloweg, limite Sud des Écouloirs, celui-ci va être transformé en défense orientée vers le Nord
Tous ces régiments saxons, à partir du 25 septembre, vont subir de la part de l'artillerie française un feu roulant qui va occasionner de sérieuses pertes dans leurs rangs. Des vagues successives de fantassins français vont déferler  en direction de la côte 119 mais elles seront bientôt ralenties et arrêtées par les tirs de mitrailleuses allemandes. Ce fut le cas au cours de l'attaque des 77 ème et 55 ème Divisions, rapidement immobilisées après avoir pris les premières lignes en direction de la côte 119; là aussi, les pertes furent importantes. Les Allemands sous l'impulsion de leurs officiers s'accrochent désespérément à leurs positions.
 Plus au Nord, vers 13 heures, dans la tranchée " Toergau ", des corps à corps vont avoir lieu, un bataillon du 178 ème allemand tient cette position située à la limite du bois 11en descendant vers la route d'Angres; la 13 ème Division française attaque en force, elle va accuser de grosses pertes mais côté allemands, peu de combattants restaient encore indemnes à la fin des combats. En définitive, la position restera aux mains des français mais la journée a été meurtrière.
Le 26 septembre, un dimanche, le Commandement allemand donne l'ordre pour une contre-attaque générale. A 1h45, le I.R 178 est chargé de reprendre la tranchée Torgau tandis que le 106 ème de réserve devra occuper la position de l'îlot. Le 182 ème va donner l'assaut au verrou de Souchez. Le rassemblement des troupes n'ayant pu être effectué à temps, l'attaque est repoussée à 2h30. Dès le déclenchement de l'offensive allemande, les troupes françaises offrent une résistance acharnée dans les secteurs occupés par elles. C'est à dire les positions de Talsperre et Torgau où des combats à la grenade vont durer des heures.
Des sections d'assauts ennemies, avec un acharnement sans pareil, arrivent à reprendre une partie de la tranchée de Torgau. Avant 9 heures, le brouillard couvre le champ de bataille mais quand celui-ci se dissipe, nos batteries ouvrent le feu pour des tirs précis. A 11 heures, débouche une  puissante attaque de nos troupes en direction du bois H d'Angres et contre la tranchée de Torgau. Celle-ci, après de furieux combats, tombe complètement aux mains des français. Les tirs d'artillerie française continuent avec violence sur toutes les positions ennemies, surtout le Reuss-Stellung couvrant la côte 119. il y aura beaucoup de tués des deux côtés et les combats acharnés, commencés le 25 vont durer pendant cinq jours à l'Est du village. Les Allemands s'accrochent désespérément à leurs positions, celles-ci devenant de plus en plus précaires. Nos unités, après tous ces carnages, arrivent au contact des ouvrages allemands de la côte 119. par la suite, il y aura encore des attaques françaises avec de nouvelles formations, toujours avec la même violence dans ce secteur des crêtes. Les relèves sont effectuées régulièrement mais les combattants sont fatigués, usés par cette boue continuelle, sous un bombardement incessant. A la tombée de la nuit, le 27 septembre, les Allemands abandonnent leur secteur A3 se trouvant en face du cimetière de Souchez. Ils se replient sur la Reuss-Stellung, en parallèle de la crête 119. la lutte va continuer, opiniâtre de part et d'autre. Deux unités coloniales, le 41 ème et le 43 ème, sous des tirs intenses d'artillerie ennemie, après des combats très durs, arrivent à s'emparer du Fortin des "cinq chemins". Malgré les bombardement incessants, début octobre 1915, la X ème Armée reprend l'offensive sur tout le front, l'avance des 43 ème et 77 ème Divisions, est stoppée dès le départ. Les intempéries et la boue ont raison des combattants des deux côtés. Les troupes sont épuisées.

Secteur de Neuville-St-Vaast - La 307 ème brigade

A la veille de cette grande attaque du 25 septembre, le secteur de Neuville-St-Vaast était couvert par le 3 ème Corps d'Armée (Général Mangin). La 307 ème Brigade faisait partie de la 130 ème Division (Général Superbie), et va occuper le secteur Nord du village. Ses deux régiments vont s'illustrer sur cette terre de feu. Ce sont les 405 ème et 407 ème R.I, tous deux composés de trois bataillons. Ils sont constitués, en grande partie, de jeunes de la classe 15, et seront successivement engagés en direction du bois de la Folie, le 28 septembre 1915.
Partant de tranchées à hauteur de Neuville-St-Vaast, le 27 à minuit, les bataillons du 405 ème R.I, vont se placer devant le bois de la Folie. Le 28, à 11h20, sous le tirs des mitrailleuses ennemies, l'attaque est lancée, les combats vont prendre une ampleur jamais égalée. Des corps à corps ont lieu. La tranchée de Nietzsche est prise ce même jour par les compagnies du 405 ème R.I, ainsi que le boyau des Communs. L'attaque aura duré de 11h20 à 15h00 et, à 16 heures, les Allemands lancent  une importante contre-attaque,  appuyée par deux compagnies. Sous les tirs fournis de nos mitrailleuses, l'ennemi devra se retirer, laissant sur place, un bon nombre de tués. La journée pour notre valeureux régiment aura coûtée très cher, plus d'un millier d'hommes disparus dont les deux tiers de ses officiers.
Quant au 407 ème R.I faisant partie, lui aussi de la 307 ème Brigade, le 25 septembre 1915, il se trouve en repos dans le village de Penin, près de la route de Saint-Pol. Ce même jour, le régiment va toucher les fameux casques Adrian, en tôle aciérée, qui vont remplacer l'ancien képi tant décrié. De par sa couleur, tout au début de la guerre, celui-ci avait causé la mort d'un bon nombre de nos soldats tant il était visible dans la nature, il était une cible idéale pour l'ennemi. Des masques contre les gaz nous sont distribués également, plus de 200 cartouches. Dans la soirée, en prévision des attaques prévues, le régiment reçoit l'ordre de faire route en direction de Neuville St-Vaast.
Le 27 septembre, après bien des marches à pieds, les trois bataillons se retrouvent à proximité de la grand-route Arras-Béthune. La nuit, les hommes harassés approchent le boyau des pylônes où un peu de repos est pris. Il pleut sans arrêt, tout est noyé, de la boue partout. Le 28 septembre, c'est la grande attaque, les trois bataillons se lancent dans la tourmente, direction les chemins des carrières se trouvant au pied de la falaise de Wimy. Notre artillerie pilonne les lignes ennemies étalées devant nous, sur le versant de la côte 140. Nous avançons sur un front d'un kilomètre. Les mitrailleuses allemandes crachent sans arrêt, nos hommes à découvert, tombent par dizaines. L'ordre est formel, il faut avancer à tout prix !…
Cinq lignes successives seront reprises  à l'ennemi après des corps à corps atroces, beaucoup de prisonniers, une lutte sans merci et nous sautons dans la dernière tranchée allemande. Nous sommes au pied de ces fameux vergers de la  Folie dont nous avons tant parlé, nous sommes exténués, anéantis par cette journée d'enfer. Pour un gain de deux kilomètres, combien de vies éteintes !

La crête de Wimy - Fin 1915

Vers le 20 octobre, la X ème Armée reçoit l'ordre de stopper et d'organiser solidement ses premières lignes. Nos troupes accrochées à leurs positions sur la crête, devront encore passer un hiver dans des conditions inhumaines, sous la mitraille, dans la boue et le froid.
Nos valeureux fantassins sont épuisés. Ils seront remplacés dès le mois de mars 1916 par la 1 ère Armée anglaise. La lutte continue, au début, sous une autre forme de combat, des galeries sont creusées pour y faire sauter des mines. Allemands et Anglais rivalisent d'audace pour cette nouvelle tactique qui allait tuer de nombreux combattants. En octobre 1916, les Canadiens arrivèrent sur la crête où de nouvelles attaques vont avoir lieu. Du 9 au 10 avril 1917, jour de la délivrance de cet enfer de Wimy, des assauts féroces seront lancés. Après une préparation d'artillerie de dix jours, celles-ci s'intensifia le 2 avril, créant un feu roulant d'artillerie qui n'avait jamais été vu auparavant; le 9 avril, les bataillons canadiens se lancent à l'attaque sur tout le plateau de Wimy. Après des pertes sévères, ils s'emparent des trois lignes allemandes, côtes 135 et 145. A l'extrémité Nord de la côte 119, se trouvait le "bouton", le "Pimple" comme l'appelèrent les Canadiens, postes d'observation de très grande importance pour les Allemands de 1914 jusqu'au mois d'avril 1917. celui-ci ne fut repris que le lendemain, 11 avril 1917, après des assauts répétés de nos vaillants alliés. La lutte pour cet enfer avait coûté de nombreuses vies vies humaines.
Le total des pertes sera sévère pour cette fameuse crête de Wimy, des milliers de morts. Les derniers jours de septembre avaient vu la libération définitive de malheureux village de Souchez. Plus rien ne subsistait sauf des étendues d'eau, des troncs d'arbres sans branches, de la terre remuée à perte de vue et combien de corps à travers cet enfer! Le Caporal Galtier-Boissière passant avec son régiment dans ce que fut Souchez, a admirablement retracé dans son livre très connu "Un hiver à Souchez", la situation effroyable de ce valeureux village.
Ce régiment était le 405 ème R.I montant prendre position vers cet enfer de la côte 119, ce point s'appelait les "cinq chemins" devant le fortin de Givenchy tenu par les Allemands. Le Caporal Galtier fait d'ailleurs revivre dans ses récits la vie de son escouade en première ligne, sur cette crête de boue collante en plein hiver.

Epilogue d'un village

Les années passent, nous sommes en 1918, c'est la fin de cette terrible guerre, le village est rasé ainsi que le Château, la famille Jonglez de Ligne a quitté l'Artois et la propriété sera vendue à un industriel de Lens. Quatre vingt ans après, le Conseil Général est devenu propriétaire et la ville de Souchez va pouvoir disposer de ce merveilleux parc. Depuis des mois, de sérieux travaux de transformation sont en cours avec l'élagage des arbres, curage du plan d'eau et de la rivière, réfections et création de sentiers; on peut être certain, sans se compromettre que le Parc de Carieul sera dans un proche avenir, une des plus belles curiosités de la région. En plus, la Chapelle Jonglez vient d'être remise à neuf, dotée d'un éclairage nocturne qui la met en relief… elle est superbe.

La vie à l'arrière du front

Au départ, la vie de l'arrière front fut organisée, les renseignements que les gens pouvaient obtenir, venaient surtout de bouche à oreille. Même les Mairies étaient débordées; début octobre, les bruits de la canonnade se rapprochaient, des troupes françaises arrivaient, d'autres se repliaient, les civils avaient peur, ils fuyaient sans but précis, à pied, en voiture, abandonnant tout ce qu'ils possédaient. Les instances militaires avaient reçu l'ordre de diriger une certaine quantité de familles vers les gares. A partir de là, une dispersion sera effectuée vers différentes régions du centre de la France. Hélas, dès le début du mois d 'octobre le nombre croissant d'évacués allait bientôt créer une cohue indescriptible aux abords des gares de départ. En plus, l'armée allait déverser de nombreux régiments vers les zones de combat, l'Artois ressemblait à une véritable fourmilière.
Beaucoup de familles d'ouvriers de la région des mines de Lens, Liévin, Avion, continuèrent de préférence vers Bruay, Divion où ils espéraient retrouver un logis et plus tard, du travail. Pour les autres, leur calvaire allait s'égrener tout le long des routes en direction de l'Ouest, Sait-Pol, Béthune et tous les villages environnants. Il fallait se nourrir, se loger et comme il y avait du monde dans chaque localité, la vie allait devenir très dure. Bien sûr, au début, les villageois étaient très hospitaliers, très gentils mais au fur et à mesure des longs mois de guerre, la mentalité allait changer.
L'appât du gain va apparaître, des petits commerces vont s'installer à chaque coin de rue, presque tous les habitants vont vendre du vin, des œufs, toutes sortes de victuailles. Des évacués très astucieux, avaient confectionné des boites en bois, soutenues par une bretelle pour leurs enfants; ceux-ci allaient présenter toute une série de petites marchandises à travers les camps de soldats, situés aux abords des villages. Il paraît que leurs ventes étaient très fructueuses. Certains cultivateurs, comme beaucoup d'autres, avaient eu la chance de ne pas être incorporés ou s'étaient débrouillés pour être réformés (cela existait). Ils allaient en profiter par l'ouverture de petits magasins où tout allait se vendre. Il fallait beaucoup de courage pour se ravitailler mais pour eux, la question ne se posait pas. Rapidement les abus sont arrivés, les prix ont doublé, triplé. Les sentiments ne vont plus exister. Les soldats critiquaient l'âpreté au gain des paysans et des commerçants.
Une cultivatrice, dans une lettre qu'elle envoyait à son fils sur le front de l'Est, disait: "Au magasin, nous faisons de bonnes affaires avec tous les soldats qui sont dans le village. Hier, un régiment de Tirailleurs est arrivé, des campements ont été installés à la lisière du bois. Le commerce n'a jamais été si fort. Actuellement, nous faisons entre 700 et 800 francs par jour!.. Le beurre valait en 1914, 2,50F le kilo en moyenne, en 1916, on le retrouve à 6,00 et 8,00F le kilo. Un œuf coûtait en 1914, 0,12 l'unité, en 1916, 0,40.
Il n'y avait pas assez de denrées sur place et comme il y avait beaucoup de bouches à nourrir, on fit venir des produits d'autres régions. Il fallait surtout du beurre, des œufs, du fromage, du sucre, et autres. La plus importante région importatrice était naturellement la Normandie qui envoyait ses produits dans la majorité des gares non occupées. Certains cultivateurs possédant un petit magasin, avaient plusieurs chars à banc. Tous les deux jours, ce moyen de transports était utilisé pour aller se ravitailler en denrées diverses arrivant dans les gares de Saint-Pol et Béthune. Le commerce marchait à fond mais il fallait bien s'approvisionner et, ceci n'était pas à la portée de tout le monde.
D'autres personnes, souvent des évacués, s'occupaient également de la vente à plus petite échelle, ils ne faisaient pas fortune mais il fallait vivre et tout se vendait. Il y avait du monde à nourrir, des civils, des soldats dont la cantine respective n'était pas toujours de premier ordre; alors, ceux-ci cherchaient avec quelques sous, un petit superflu pour se faire plaisir. Malgré l'arrière des tranchées, la vie y était dure pour tous ces Poilus dont le calvaire allait encore durer de longs mois.
Le plus grave c'est que régulièrement, une mauvaise nouvelle arrivait à la mairie concernant un gars du pays, mort au champ d'honneur sur le front. Alors, pour les familles affolées dont c'était le père, le fils ou un enfant, c'était un drame, l'irréparable! , des pleurs, un foyer anéanti… Et, cela allait se reproduire plusieurs fois dans la même famille pendant ces quatre ans. Au village, tout le monde, voisins et amis prenaient part à ce choc brutal et inhumain car peu à peu près chaque foyer avait un membre sur le front, on ne pouvait pas oublier.

Et puis, au cours de cette terrible année 1915, il y eut aussi des cas qu'il était interdit de dévoiler. Pourtant cela s'est passé à l'arrière du front, dans différents villages, lieux de repos des unités combattantes. Il y avait ces terribles Conseils de guerre pour les cas d'indiscipline. D'après les dires des anciens, au château de Fresnicourt, se tenait un tribunal de guerre pour les cas jugés graves de conséquence pour cette période ; il s'agissait de faire comparaître certains combattants descendant du Front, signalés pour des motifs différents d'indiscipline devant l'ennemi; les jugements étaient variés parfois très durs, ainsi plusieurs fantassins furent fusillés dans une pâture a proximité du cimetière de Fresnicourt. A Hersin et Noeux-les-Mines, certains Poilus furent également passés par les armes au pied des terrils, il fallait paraît-il donner des exemples. Et pourtant, bien souvent, ces malheureux, épouvantés au départ d'un assaut, accrochés au parapet, n'avaient pu avancer, tellement la peur de la mort les avait bloqués ; journellement, ils la côtoyaient et devant la violence des combats, leurs nerfs étaient mis à rude épreuve. Il y avait de quoi refuser de monter à l'attaque sur la colline de Lorette, tellement le terrain entre les lignes, était jonché de cadavres!
Un secrétaire de mairie de l'époque racontait qu'un jour, aussitôt après guerre, il recevait une famille du centre de la France venant rendre visite à leur fils disparu en 1915. Comme il était inhumé dans le cimetière de cette petite ville, il accompagna ces gens pour leur donner quelques renseignements. Plusieurs tombes dont celle de leur fils, formaient un carré et se trouvaient à l'écart; au début, la séparation des sépultures de fusillés était courante. Comme ils en demandaient la raison, ce digne fonctionnaire, bien ennuyé, prétexta la surabondance imprévue de sépultures et le manque de place, Il est vrai que la colline de Lorette avait été très meurtrière, les hôpitaux de campagne disséminés dans la région, avaient journellement pourvu les cimetières d'une partie de toute cette belle jeunesse qui ne devaient plus jamais revoir leur famille.
 
A l'arrière de tout ce front d'Artois, cette vie allait durer ainsi pendant plusieurs années car après les Français, ce sont les troupes anglaises qui sont arrivées. La routine commerciale ne faiblira pas, c'était la guerre, il fallait bien subsister et, au diable, les préjugés!  Certains passeront ces quatre années avec les pires difficultés pour vivre alors que d'autres s'enrichiront sans la moindre honte.

 Et puis, il ne faut pas passer sous silence cette " grippe espagnole" qui allait commencer à sévir à l'arrière, dans les villages d'Artois. En 1915, cela a débuté par quelques cas, bien souvent des enfants et deviendra beaucoup plus grave dans certaines régions vers la fin de la guerre.

L'après-guerre - réorganisation

Puis ce fut 1918, avec la fin de ce terrible conflit; des familles rentraient, anéanties par la disparition d'êtres chers ayant péri dans ce cataclysme. Alors, se posait la question, pourquoi? Rien que dans notre région, certains villages étaient complètement rasés, les terres étaient lacérées, retournées par les tranchées, les obus; les arbres décapités ne possédaient plus que des troncs, les routes défoncées n'étaient plus visibles. A perte de vue, cette ligne du front d'Artois était méconnaissable. Il était à peine croyable qu'un jour, cette région puisse être remise en état.

Et pourtant, les habitants revenaient et, en 1919, beaucoup étaient sur place et logeaient dans les anciens abris ou dans des baraquements provisoires édifiés a la hâte, les fameuses demi-lune. Le plus important pour les autorités était de reconstruire des habitations pour tous ces pauvres gens qui devaient vivre dans une précarité extrême, il fallait tout réorganiser.

L'après-guerre allait demander beaucoup d'efforts. Dés 1919, des territoriaux, des civils, des prisonniers de guerre allemands furent désignés pour activer le regroupement des corps de soldats. Sur toute la région de combat, il fallait procéder à l'exhumation des combattants qui se trouvaient dans des tombes individuelles ou groupées. Ce travail fut très pénible pour tous les gens faisant partie de ce service. Il fallait acheminer des quantités de cercueils sur place car les corps avaient été primitivement mis en terre directement. Ensuite, ils étaient acheminés dans de grands cimetières spéciaux pour y être définitivement inhumés. Le nombre de ces malheureux sera impressionnant, des milliers de tombes.

Pour le côté civil, des services de reconstitution furent créés à Arras, il fallait évaluer les dommages de guerre ; les indemnités immobilières pour le Pas-de-Calais allaient s'élever a plus de 6 milliards et ceci, rien que pour le bâti. Des commissions furent nommées en vue de contrôler tous les dossiers déposés par les mairies, des sociétés coopératives de reconstruction furent approuvées. Celles-ci avaient pour mission de gérer au mieux les droits à réparations de tout sinistre qui faisait partie de la commune.
Des conseils d'administration furent nommés, hélas, on compliqua énormément les formalités auxquelles chaque sinistre était astreint ; il devait alors se faire assister soit par un ami ou un secrétaire de mairie. Et, c'est là justement que les choses se sont compliquées. Des injustices flagrantes sont apparues, de modestes ouvriers dont les dommages de guerre seront très limités, rebâtiront leur petite maison avec beaucoup de difficultés financières. D'autres, possédant également une habitation, purent grâce à un dossier, peut-être bien construit, être propriétaires de plusieurs maisons par la suite. D'après les anciens, certains cultivateurs possesseurs d'une petite fermette avant la guerre, se retrouvèrent propriétaires dune belle et grande maison, entourés de spacieux bâtiments avec une cour centrale très vaste ; cela s'est souvent constaté dans notre région. Des anciens affirmaient également que des réfugiés rentrant au pays, découragés par la présente situation, vendirent leurs biens et leurs dommages de guerre et partirent refaire leur vie dans une autre région

L'après-guerre fut très dure pour certaines familles ayant assez bien enfants, il fallait les nourrir, les habiller et il y avait la question de logement. Malgré des secours divers, elles eurent beaucoup de difficultés à surmonter. Heureusement que des personnes dévouées leur vinrent en aide, cela existait mais, hélas, en nombre trop restreint. Comme dans chaque guerre, on a pu observer que certains, dotés d'un aplomb sans pareil, arrivaient toujours a s'en tirer avec facilité ; alors que d'autres, bien souvent d 'anciens combattants, trop scrupuleux, hésitaient à effectuer leurs démarches. Ils avaient pataugé dans la boue pendant quatre ans, étaient écœurés par la situation présente et se retrouvèrent perdants, leurs dommages de guerre étant souvent limités. D'ailleurs, bien plus tard, dans les réunions de cafés, tous ces anciens ne se gênaient pas pour critiquer la répartition des dommages de guerre.

Sur toute l'étendue de l'ancien front, en priorité, il fallait procéder à l'enlèvement des obus et autres engins non éclatés. En plus, des kilomètres de fils de fer barbelés allaient demander d'énormes efforts. Les services de la reconstruction réunirent d'urgence une main d'œuvre conséquente, des prisonniers allemands, des chinois, des polonais, il fallait faire vite. L'Etat fit intervenir d'énormes engins pour niveler et labourer les grandes étendues. Tout ceci demandait du monde et de nombreuses équipes allaient s'occuper surtout du rebouchage des tranchées.

Au début, nous avons eu des renforts de personnel étranger, surtout chinois, mais à la suite de diverses discordes, ceux-ci disparurent. Tous ces travaux s'effectuaient moyennant salaires et primes, sous la conduite de responsables. Là aussi, on pourrait polémiquer car certaines personnes bien placées, supervisant les paiements, allaient profiter de l 'occasion pour s'enrichir largement ( bien plus tard, certains osaient s'en glorifier)

Un bon nombre d'habitations  étaient terminées en 1924, mais d'autres le furent des années après; certains villageois ne touchèrent leurs dommages de guerre que bien après la fin de leurs travaux. En France, les services administratifs étaient déjà très lents à cette époque.

Tout ce monde s'était remis au travail avec courage, chacun allait essayer de gagner sa vie le mieux possible mais, bien des anciens l'ont avoué, ils ne voyaient pas l'avenir avec le sourire. Ils avaient trop souffert la-bas et beaucoup de leurs camarades n'étaient pas revenus. Cela, on ne l'oublie jamais.

Hélas, vingt ans après, en 1940, l'histoire allait se renouveler et nous offrir à nouveau la guerre.

Lédée Justus

 

A la suite de cet ouvrage, il était nécessaire de faire ressortir les détails de l'attaque du 9 mai 1915, concernant une vaillante unité parmi tant d'autres " La Légion étrangère avec tous ses volontaires "

 

Chef de bataillon COLLET
Journal de marche et d'opérations
du 2ème régiment ( 1er Etrangers)

 

 

Copie intégrale d'une partie du Journal de marche et d'opérations du 2ème Régiment étranger, la lecture de l'original étant devenue très difficile. Rapport du chef de Bataillon Collet du 2ème Régiment de marche (1er Etranger), sur les Opérations des 9 et 10 mai 1915. Cette grande attaque a eu lieu â partir du bois de Berthonval en direction de la route Arras-Béthune et de sa crête de Vimy { Côte 119-240 )

Rapport du chef de bataillon Collet
commandant provisoirement la 2ème régiment de
marche du 1er Etranger; sur les opérations des 9 et 10
mai 1915 dans le secteur de Berthonoal-Vimy.

 

Le but de l'opération du 9 mai est connu. La mission du 2ème Régiment de marche du 1er Etranger est celle fixée par le rectificatif de l'ordre n° 430 de la Division du Maroc - Ordre de l'attaque pour la journée du 9 mai : attaquer le front ouvrage P, ouvrages blancs, tranchée M, puis l'ouvrage de Nuremberg, puis la tranchée Schuller, en prenant comme axe de son mouvement, le boyau Weimar, se diriger ensuite sur la côte 140 ).

5 heures - Toutes les Unités du Régiment sont à leur place pour l'attaque :
- Bataillon C ( Commandant Noiré ) Tranchée de 1ère ligne.
- Bataillon D ( Commandant Muller ) Tranchée de 2ème ligne.
- Bataillon A ( Commandant Gaubert ) Parallèle de Berthonual.
- Bataillon B ( Commandant Collet )
- Une compagnie garnison du sous-secteur ( Cie Germain ), à droite du bataillon Gaubert, dans la parallèle de Berthonval.
- Trois compagnies en réserve de Division, Cie Boutin, dans la tranchée longeant le chemin de Mont-St-Eloi à la chaussée Brunehaut, Cies Bouffet et Leixécaré, le long de la chaussée Brunehaut.

6 heures - Commencement du bombardement méthodique des tranchées ennemies par l'artillerie

9 h 40 - Les bataillons occupent leurs emplacements d'attaque. Le bataillon C ( Ct Noiré ) se porte, ( 3eme Cie } de la droite a la gauche – Cie 1 (Capitaine Salle ), Cie 2 ( Capitaine Druon ), Cie 3 (Capitaine Jourdeuil ) dans les tranchées d'attaque - Cie 4 ( Capitaine Despas ) dans le boyau aboutissant.

Le bataillon D ( Ct Muller ) se porte dans la tranchée de 1ère ligne – Le bataillon A ( Ct Gaubert ) se porte dans la tranchée de 2eme ligne – Le bataillon B ( Ct Collet est en réserve de Division - Deux sections de mitrailleurs se portent aux postes d'écoute - Le Lieutenant-Colonel Cot, Commandant le régiment se porte au poste d'écoute C, son Officier-Adjoint, le Capitaine Dame est alors blessé de deux balles.
10 heures - Heure indiquée pour le déclenchement de l'attaque – Le bataillon C ( Ct Noiré ) entraîné par son chef, ses Officiers, les sous-Officiers, sort de la tranchée d'attaque, se forme en ligne sur un rang et se porte résolument :
- la Cie C1 ( Capitaine Sallon } sur l'ouvrage P ( ouvrages blancs )
- la Cie C2 ( Capitaine Osmons sur les ouvrages blancs
- la Cie C3 ( Capitaine Jourdeuil ) sur la tranchée M, au Nord des ouvrages blancs
- la Cie C4 ( Capitaine Dupas } avance en soutien dans les traces de la compagnie du centre du bataillon.

En même temps, le bataillon D (Ct Muller) se porte par les boyaux, à la tranchée d'attaque
- le bataillon A ( Ct Gaubert ) se porte également par les boyaux, à la tranchée de première ligne.

La première tranchée ennemie est rapidement atteinte, enlevée, franchie sans grandes pertes mais dès qu'elle est dépassée, le Commandant Noiré tombe, frappé à mort, de même que son sous-Officier-Adjoint ( Adjudant Rousseau ). Presque en même temps, le Capitaine Salle, commandant la compagnie de droite est bléssé aux cuisses - le Lieutenant Ramviez est blessé à la figure, le Sous-Lieutenant Audrant est tué
- Le Capitaine Osmons, commandant la compagnie du centre, blessé, conserve son commandement
- Le Capitaine Jourdeuil, commandant la compagnie de gauche, les Lieutenants Sourbier et Leim sont tués.

De nombreux ennemis résistent désespérément et exécutent un feu très nourri qui tue et blesse beaucoup des nôtres - En outre, des fougasses éclatent au milieu des assaillants - Nos pertes sont sensibles.

Le bataillon ( Commandant Muller ) se porte en même temps dans les tranchées d'attaque, dans l'ordre suivant, de la droite à la gauche, Cie D4 ( Capitaine de Sampigny ), Cie D2 ( Capitaine Janod ), Cie D3 ( Capitaine Singer ), Cie D1 ( Capitaine Detllens ) vient en soutien derrière le centre du bataillon.

Le bataillon A ( Capitaine Gaubert } se porte dans la tranchée de première ligne.

De 10h à 10h20 - Le bataillon D ( Commandant Muller), dès qu'il a atteint la tranchée d'attaque, en sort dans les traces du bataillon C et marche sur les mêmes objectifs qu'il atteint quelques minutes après le Bataillon de tête.

Le Capitaine Junod ( Cie D2 ) tombe immédiatement en sortant de la tranchée d'attaque
- Le Lieutenant Bonnefour, le Lieutenant Eck, le Sous-Lieutenant Thiébaut tombent presque en même temps. Le Commandant Muller est tué entre les deux tranchées de la lère et 2ème ligne des Ouvrages blancs.

Les deux bataillons C et D, déja éprouvés par des pertes importantes, continuent leur mouvement en avant.

Tandis que le Lieutenant-Colonel Cot, accompagnait le bataillon D, le Colonel Pein, commandant la Brigade, s'était porté aux Ouvrages blancs, derrière le bataillon A.

Les fractions des deux bataillons commencent à se mélanger après avoir franchi l'ouvrage de Nuremberg ou ils achèvent de briser les dernières résistances, ils doivent obliquer un peu a gauche pour prendre comme direction la côte 140 et traverser la route d'Arras à Béthune.

Deux sections de la compagnie de mitrailleuses accompagnent le bataillon D, le Lieutenant Douces est tué, le Sergent Chapelle blessé.
Les deux sections amoindries peuvent atteindre néanmoins la route de Béthune et ouvrir le feu sur les lisières de Neuville-St Vaast.

10h30 - La marche rapide des deux bataillons de tête se poursuit sans arrêt, mais beaucoup d 'Unités sont privées de leur chef] les formations ne sont plus en bon ordre.

Le Capitaine Despas est tombé en dépassant les ouvrages blancs, les Sous-Lieutenants Helbé et Lejalcin sont blessés.
Le Capitaine Osmons blessé une deuxième fois, tombe - Le Sous-Lieutenant Brossett est blessé au passage de la grande route.

Le Lieutenant Jangay, aidé de ses Officiers encore debout, entraîne le reste du bataillon au-delà de la route de Béthune dans la direction 123/140, sous un feu violent partant de Neuville-St-Vaast.

Quelques groupes des bataillons C et D, attirés par les villages, se portent vers La Targette et Neuville. Cependant le bataillon A ( Commandant Gaubert ) conduit par son chef, était sorti des tranchées et s'était porté résolument en avant. A son arrivée aux Ouvrages blancs, sur l'ordre da Colonel Pein, une section (Sous-Lieutenant Littré) de la Cie A4 ( Capitaine Bernard ) est chargée de nettoyer la tranchée M ou des Allemands se sont maintenus avec une mitrailleuse, ils prennent de flanc les Unités qui franchissent les Ouvrages
- Le Capitaine Bernard rassemble les isolés pour former une garnison aux Ouvrages blancs – En quittant les Ouvrages blancs, le Commandant Gaubert est tué d'un éclat d'obus.

Le bataillon B ( Commandant Collet ) a reçu l'ordre, vers l0h50 de se porter en réserve aux tranchées de 2eme Ligne, puis vers 11 heures, l'ordre expédié à 10h45, de se porter en soutien des trois bataillons du régiment déjà engagés. Il sort des tranchées d'attaque dans l'ordre suivant : de la droite à la gauche : une Cie vers bataillon 4 (Capitaine Leixeland ), une Cie vers bataillon 2 ( Capitaine Boutin ), une Cie vers le bataillon 3 ( Capitaine Bouffé )

La Cie, bataillon 1 ( Capitaine Germain ) reste en soutien dans les tranchées de 1ère ligne. Le bataillon progresse rapidement, atteint bientôt les Ouvrages blancs ou le Commandant Collet est rejoint presque simultanément par le Maréchal-des-Logis Redon - Le Lieutenant Dieudonné, agent de liaison respectif du Lieutenant-Colonel Cot, du Colonel Pein.- Les agents de liaison apportent au bataillon B, l'ordre de suivre le mouvement des trois premiers bataillons du Régiment dont le flanc droit découvert par suite des obstacles qui s'opposent à la progression du l56ème Régiment d'infanterie au-delà de La Targette, est dangereusement exposé à une contre-attaque, éventuellement débouchant de Neuville-St-Vaast - En conséquence, ordre est aussitôt donné à la Cie, bataillon 2 ( Capitaine Boutin ), de marcher sur la croupe 123/ 140 suivie de la Cie, bataillon 3 ( Capitaine Bouffé ), couverte à droite par la Cie, B4 { capitaine Leixelart ) - Le bataillon franchit, dans cette formation, la crête des Ouvrages blancs.

Dès ce moment, il est pris comme les autres, sous le feu violent des lisières Nord de Neuville-St-Vaast « Le Capitaine Boutin reçoit une première blessure à l'oreille et conserve son commandement. Avant d'atteindre la grande route, des gradés et Légionnaires tombent en assez grand nombre.

Les deux dernières sections de la compagnie de mitrailleuses se portent au-delà de la route de Béthune et subissent également de lourdes pertes, le Lieutenant Netterströn parvient à reformer une section et à l'installer sur le chemin de Neuville au Cabaret rouge.

Les bataillons de tête ont continué leur course en avant vers les hauteurs 140, malgré un feu violent de mitrailleuses partant des lisières de Neuville.

11 heures - Le bataillon C, désuni, forme de groupes mélangés et mal encadrés, arrivent à la côte 123. Le sous-Lieutenant de Malaz est tombé entre la grande route et la côte l23 - ll ne reste plus dans ce bataillon qu'un seul Officier, le Lieutenant Jansey, qui aidé des Adjudants Clermont et Caban, entraîne encore en avant les restes du bataillon et dépasse la côte 123.

Le bataillon D et le bataillon A, eux aussi, ont passé en avant avec la seule volonté d'atteindre la côte 140 et ont subi des pertes importantes en Officiers - Au bataillon D, le sous-Lieutenant Ninés est blessé ainsi que les Lieutenants Goujeux et Dulon les fractions de ce Bataillon se mélangent á celle du bataillon de tête et s'échelonnent de la grande route à la côte 123. A leur gauche, les Tirailleurs qui marchent également sur 140 commencent, eux aussi, à se mélanger aux éléments de gauche du ler Etranger.

Au bataillon A, le Capitaine Leroy entraîne les groupes qui sont derrière lui, aidé du Sous-Lieutenant Gollachin - Le Capitaine Payrou a été blessé á la route de Béthune, et peu après, le sous~Lieutenant Delsol. Le Lieutenant Rivet, qui a entraîné sa section vers Neuville, a été tué raide. - Le bataillon B progresse rapidement en direction de la route de Béthune. La Cie de droite, bataillon 4, Capitaine Leixelard ) souffre particulièrement du feu partant de Neuville-St-Vaast et a un Officier blessé ( sous-Lieutenant Boyer ) - Dans les autres compagnies, les pertes sont également sensibles - Le Capitaine Boutin ( Cie, bataillon 2 ) est tué de deux balles - Le sous-Lieutenant Maxime ( Cie, bataillon 2 ) tombe, il est blessé sérieusement par éclat d'obus - La Cie, bataillon 1 ( Capitaine Germain ) qui a suivi le mouvement des trois autres, a un Officier blessé (le sous-Lieutenant Saint Pierre).

Les différentes unités des régiments continuent à progresser, chacune dans son rayon d'action, la plupart droit sur la côte 140, celles qui se trouvent a la droite, plus lentement et par bonds, en s'aidant des tirs contre Neuville d'où part un feu très meurtrier.

Dès 11h30, les groupes restants des fractions de tête du bataillon C, ont atteint la hauteur 140, quelques hommes sont au petit bois carré situé au Sud-Est de la côte 140.

12 heures - Vers midi, la situation est la suivante, des fractions des bataillons C, D et A avaient atteint la côte 140 et le petit bois, le Capitaine Lelagre y avait été tué avec un nombre d 'hommes de sa compagnie ( 43 ), d'autres fractions étaient à quelques mètres de la lisière du bois de la Folie, le Capitaine Leroy, blessé, encourageaient les groupes qui étaient rejoints ensuite par le Capitaine Auger ( Cie D et le Capitaine d'Allens (Cie D 1 ) - Face au bois et a la Ferme de la Folie, le Lieutenant Sauzey, déjà blessé, était bientôt tué.

Plus à droite, le Capitaine de Sampigny ( Cie D4 ) maintient ses éléments face a la Folie, un de ses Officiers, le Lieutenant Belle tombe au moment où, blessé, il se retirait sur ordre du Capitaine.

Au chemin de terre de Neuville à la côte 140, d'autres éléments mélangés sont sous les ordres du sous-Lieutenant Gallochin ( de la Cie A1).

Au bataillon B ( Commandant Collet ), les compagnies ont progresse par bonds et sont moins éprouvées et continuent à avancer, deux compagnies ( Cie B2, Capitaine Broutin - Cie BI, Capitaine Germain ) ont dépassé la route de Béthune. Deux compagnies ( Cie B3, Capitaine Bouffé - Cie B4, Capitaine Leixelard ) ont atteint le talus situé à une centaine de pas à l'Est de la route et s'y reforment.

A 12h45 - Le Lieutenant-Colonel Col, blessé par éclat d'obus aux abords du chemin de terre de Neuville au Cabaret rouge, envoyait au Commandant Collet l 'ordre de pousser sur la côte 140, en réserve, en protégeant le flanc droit contre une contre-attaque partant de la Folie, encore tenue par les Allemands et de prendre, à sa place, le Commandement du Régiment.

Peu de temps après, le Colonel Pein donnait de son côté au Commandant Collet l'ordre de ralentir le mouvement de ses compagnies de tête, de suspendre le mouvement des deux autres, de surveiller le flanc droit découvert et d'attendre de nouveaux ordres avant de se reporter résolument en avant - Puis le Colonel commandant la Brigade se portait de sa personne vers 123 pour juger de la situation qui restait inquiétante du côte de Neuville et de La Folie, mais, très grièvement blessé en deçà du chemin de Neuville au Cabaret rouge, il ne put exercer plus longtemps son commandement.

Le Commandant Collet restait, de tous, le seul Officier supérieur valide parmi ceux de la première Brigade jusqu'alors engagés - Il jugea qu'il convenait de se conformer aux dernières instructions du Colonel Pein et d'attendre l'arrivée des renforts demandés par le Colonel commandant la première Brigade, avant de poursuivre le mouvement sur 140, afin de ne pas compromettre les résultats déjà acquis, dans l'éventualité dune contre-attaque ennemie débouchant de la Folie ou de Neuville.

Tandis que la compagnie B1 ( Capitaine Germaine ) et la compagnie B2, progressent lentement vers les hauteurs 140 - La Folie, les deux autres Cies du Bataillon B sont maintenues disponibles à l'abri du talus parallèle à la route de Béthune.

Après avoir pris ces dispositions d'attente, le Commandant Cotte reçut un pli envoyé à 13 heures par le Général commandant la Division au Colonel Pein, pour lui annoncer qu'un bataillon de Zouaves (Commandant Cortade ) avait dû rejoindre le Commandant de la 1ère Brigade et qu'un deuxième bataillon a sa disposition était en route.

Quelques temps après, un zouave de 2ème classe est envoyé comme agent de liaison auprès du Commandant de la 1ère Brigade, chargé par le Commandant Collet de mettre le Commandant Cortade au courant de la situation et de lui demander de couvrir avec son bataillon qui se trouvait alors vers La Targette, le flanc droit du 1er Etranger, face à Neuville pour permettre au Régiment de poursuivre l'attaque sur 140.

Tranquillisé, dès lors, pour la sécurité du flanc droit du 1er Etranger pour l'entrée prochaine en ligne du bataillon Cortade, le Commandant Collet décida de reprendre la marche en avant et donna l'ordre à la compagnie B3 ( Capitaine Bouffe ), couverte à droite par une demi-compagnie B4 ( Capitaine Leixelard ), d'appuyer le mouvement de la compagnie B, en évitant de s'engager sans de nouvelles instructions.

Avec la dernière demi compagnie disponible du 1er Etranger, le Commandant Collet se porte de sa personne à hauteur du chemin de Neuville au Cabaret rouge et y attendit avant de pousser plus loin, l'intervention escomptée du bataillon Cortade - Mais, pour des raisons restées ignorées du Commandant du ler Etranger, cette intervention, impatiemment attendue de tout le régiment ne se produisit malheureusement pas.

Cependant, les fractions du bataillon de tête soumise à un feu violent d'écharpe partant de Neuville et de la Folie et un tir puissant d'artillerie ennemie qui avait ouvert de nouveau le feu devant l'arrêt imposé par le manque de renfort, subissaient des pertes cruelles.

Notre artillerie de campagne tirant trop court, faisait beaucoup souffrir les fractions arrêtées, face au bois de la Folie - Le mélange des Unités, Tirailleurs et Légionnaires était complet sur la crête 123/140, l'encadrement avait presque complètement disparu, les gradés restés debout, redoublent d'énergie - Le Sous-Lieutenant Puzillout, en ralliant les Unités, est frappé par une balle.

Dès lors, la progression en avant, est finie pour le reste de la journée, faute d'Unités fraîches, chacun se cramponne au terrain - Partout on construit des masques individuels sous un feu violent venant du bois de La Folie et de Neuville-St~Vaast - Chacun attend avec impatience l'arrivée de troupes fraîches, dont l'élan aurait entraîné tous ces éléments confondus mais encore capables d'un effort, malgré leur état de fatigue physique mais non morale.

Le régiment, après le superbe enthousiasme de la ruée matinale, conscient du devoir accompli suivant les ordres donnés, donne a partir de midi, le spectacle non moins admirable de la troupe qui ne veut rien abandonner du terrain quelle a chèrement conquis et quelle veut garder malgré le feu constamment accru d'un ennemi qui commence à se ressaisir par ce qu'il voit l'arrêt du mouvement. D'instinct chacun agit comme si la consigne avait été donnée, plutôt que de reculer d'un pas, de se faire tuer sur place sous le feu des mitrailleuses réinstallées par l'ennemi et de son artillerie qui s'est remise en batterie.

Il semble que le 9 mai, chaque régiment engagé s'est surtout occupé de combattre dans la tranche de terrain qui lui avait été assignée, sans combattre dans la tranche de terrain qui lui avait été assignée, sans attacher une importance suffisante aux événements qui survenaient dans les régiments voisins. Les Légionnaires n'ayant pas reçu l'appui prévu sur sa droite, côte Neuville, il devenait impossible de contenir la réaction allemande qui avait senti ce manque de coordination.

Sous un feu d enfer, le régiment, malgré les pertes élevées, ne bronche pas - Le Capitaine Leixelard est blessé à la joue mais il garde son commandement.

15h30 - Tard, vers 15h30, un groupe de Tirailleurs, tenant la partie Nord des hauteurs 240, perd la tête devant une contre-attaque toute locale, lâche pied et redescend la pente - Le groupe de Légionnaires immédiatement voisin, se trouve, de ce fait, dans une situation intenable et ceux-ci doivent se replier.

Le changement fait par petits groupes, s'opère en bon ordre et en tirant. Ce mouvement est aidé et protége par une heureuse intervention de la section de mitrailleuses du Lieutenant Wetterströni qui, changeant rapidement d'objectif arrose largement les crêtes de la côte 240 que la contre-attaque allemande ne peut dépasser.

On reprend position en bas des pentes de la côte 140, sur une ligne oblique reliant ces pentes au chemin de terre, Neuville-Cabaret rouge. Une deuxième ligne composée de Légionnaires et Tirailleurs mélangés, presque sans chefs et la Compagnie Leixeilard ( Cie B4 ) est établie le long de ce chemin, enfin d'autres éléments de Tirailleurs tiennent la route de Béthune.

Vers 16 heures, le chef de bataillon Collet prescrit à tous les éléments du régiment d'organiser et défendre les positions actuellement occupées et de résister sur place jusqu'au dernier homme en attendant l'arrivée des renforts.

Il envoie en même temps, auprès du Général, commandant la Division, un Officier, le Capitaine Gabet, agent de liaison, porteur d'un compte-rendu écrit faisant connaître la situation actuelle, exposant l 'impossibilité pour le régiment, avec ses seules forces considérablement réduites en hommes et surtout en cadres, d'enlever les hauteurs 140 et de s'y maintenir sans être expose à un échec.

16h30 - Le Général commandant la Division confirme l'ordre de tenir coûte que coûte sur les emplacements occupés, des renforts qu'il n'a pas sous la main sont demandés -« ils arriveront à une heure indéterminée (Ces renforts ne doivent entrer en ligne qu'à la nuit tombante) - Vers 19 heures, un bataillon de Zouaves gagne la 1ère ligne, doublant les éléments gui s'y trouvent. On travaille avec ardeur à s'organiser pour la nuit. Le feu de mousqueterie de l'ennemi ne se ralentit pas un instant mais les Allemands ne tentent aucun mouvement offensif. On passe ainsi une heure dans l'expectative.

Puis, le Commandant Collet est informé par une note, expédiée à 17h15, que le Lieutenant-Colonel Daugan, remplaçant le Colonel Pein, dans le Commandement de la 1ère Brigade, se trouve au talus à 100 mètres à l'Est de la route de Béthune où il attend le Commandant du 1er Etranger pour être mis au courant de la situation avant de prendre une décision. Cette décision n'apportait aucun changement aux décisions déjà prises dans le régiment, comportant l'occupation, l'organisation et la défense de ses positions

A 21 heures - Le Commandant Collet reçoit l'ordre de rallier à la route de Béthune, le 10 mai avant le jour, tous les éléments du ler Etranger, après qu'ils auront été relevés par des Unités d'autres corps. L'ordre est aussitôt transmis aux différentes lignes par agents de liaison.

Le 10 mai, à 2 heures du matin - Le mouvement commencé s'exécute par petits groupes. Toute la nuit, l'ennemi a lancé des fusées éclairantes et, exécuté un feu plus ou moins nourri. Néanmoins, la relève et le mouvement de repli s'achèvent sans encombre.

Les débris du bataillon sont rassemblés a 4 heures dans les fossés de la route pour faire l'appel. De nombreux isolés qui se sont ralliés à des Unités voisines, n'ont pas reçu l'ordre du ralliement, ne sont pas rentrés et ne rallieront que dans le courant de la journée ou le lendemain, il en est de même pour quelques-unes des fractions les plus avancées du régiment.

Le régiment va, par les boyaux, jusqu 'a la Ferme de Berthonval, avec ordre de s'y reformer a l'Ouest de la Ferme que l'ennemi canonne par intermittence. Pendant ce moment, le sous-Lieutenant Guyard est atteint à la cuisse d'un éclat d'obus, le sous-Lieutenant Galez est tué, deux hommes blessés par un obus isolé qui tombe prés d'un groupe en bivouac dans les champs.

Dans la nuit du 10 mai 1915 - Le Régiment est porté a Mont-St-Eloi pour y cantonner.

Les effectifs engagés dans la journée du 9 mai, sont les suivants :

Bataillon C ( Commandant Noire ) - I8 Officiers - 925 hommes de troupe.
Bataillon D ( Commandant Muller) - 1 8 Officiers - 936 hommes de troupe.
Bataillon A ( Commandant Gaubert ) - 16 Officiers - 841 hommes de troupe.
Bataillon B ( Commandant Collet ) - 17 Officiers - 946 hommes de troupe.
Cie de mitrailleuses ( Capitaine Hosmib ) - 3 Officiers - J 68 hommes de troupe.
Etat-Major du Régiment - 3 Officiers - 6 hommes de troupes.

Soit pour l 'ensemble du Régiment
75 officiers - 3822 hommes de troupe.

Les pertes en Officiers, hommes de troupes s'élèvent à :
Tues : 278. - Blessés : 983. - Disparus : 685.
50 Officiers blessés, sont restés dans le rang.

Les cadres principalement ont beaucoup souffert
Au Bataillon C, tous les Officiers sont tués ou blessés
Aux Bataillons D et A, le chef de Bataillon et un Capitaine sont tués, la plupart des autres Officiers sont hors de combat.

Au Bataillon B, tous les capitaines sont tués ou blessés et beaucoup d 'Officiers sont hors de combat.

En résumé, le 2eme régiment de Marche du Ier Etranger s'est porté le 9 mai, a l'attaque avec pour objectifs successifs, les Ouvrages blancs, l'Ouvrage de Nuremberg, la route de Béthune-Arras et pour objectif principal la hauteur 140.

En moins d'une heure, grâce à l'élan irrésistible des bataillons lancés a l'assaut, tout le terrain jusqu'à la route de Béthune incluse, était tombé au pouvoir des assaillants - en une heure et demie, les fractions de tête parviennent malgré les pertes importantes éprouvées par les effets du feu partant de Neuville-St-Vaast et du feu de notre propre artillerie à prendre pied sur les hauteurs I40 et de s'y maintenir pendant plusieurs heures (de l1h30 à 15h00 ).

La menace dune contre~attaque débouchant de Neuville ou de la Folie dans notre flanc droit et le manque de renforts immédiatement disponibles, n'ont pas permis de poursuivre sans désemparer les succès du début. L'ennemi en a profite pour se ressaisir et faire exécuter vers15h30, sur les hauteurs 140, une contre-attaque partielle qui a déterminé une panique dans les groupes avances du 7eme 'Tirailleur et un léger mouvement de repli, emmener des fractions de 1 ère ligne du 1er Etranger. Réduit des lors a la défensive, le régiment a assuré jusqu'au lendemain la conservation du terrain conquis ( côte 123 ) au prix des plus héroïques efforts et de pertes sévères.

Tous, Officiers, Sous/Officiers, Caporaux et Légionnaires ont donné à fond sans autre souci que d'assurer le triomphe de nos armes; il n'a pas dépendu deux pour que le succès de la journée ne fût complet et la victoire décisive.

Tous méritent des éloges pour leur belle conduite, les plus méritants sont proposés pour l'inscription au tableau de concours de la Légion d'Honneur ou de la médaille militaire ou pour l'obtention de citations à (L'ordre du jour de l'armée ou de la Division), mais, bien des actions d'éclats demeureront ignorées, malgré la bienveillance du Commandement dans l'attribution des récompenses.

Une suite serait susceptible de récompenser le pur esprit de dévouement et de sacrifice qui a inspiré toutes les actions de militaires de tous grades du 2ème Régiment de marche du ler Etranger dans cette journée mémorable et de maintenir le moral de la troupe au même niveau élevé. L'inscription du Régiment à I 'ordre du jour de l'armée.

 

Certifié conforme
Le Chef de Bataillon Collet
Commandant provisoirement le régiment

Signé : Collet